Une soixantaine d’anciens salariés de Brandt annoncent leur intention de saisir la justice contre Cevital, dernier repreneur de la marque en 2014, afin d’obtenir des indemnités liées à la liquidation de l’entreprise..
“Deux actions en justice vont être lancées courant mai”, a indiqué Me Fiodor Rilov, précisant défendre à ce stade environ 60 ex-employés. Les procédures visent notamment à contester les licenciements, jugés “abusifs” par les plaignants.
Une première action sera engagée devant les juridictions prud’homales. Une seconde, devant le tribunal judiciaire d’Orléans, pour rechercher la responsabilité civile du groupe Cevital, propriétaire de Brandt depuis 2014.
Selon leur avocat, les salariés estiment que la liquidation est intervenue dans un contexte qu’ils jugent contestable et qu’elle aurait pu être évitée. Ils entendent également obtenir des indemnisations au titre du préjudice subi.
Une acquisition stratégique pour Cevital en Europe
Fondée au début du XXe siècle, Brandt a longtemps constitué un acteur majeur de l’électroménager en France. L’entreprise a connu une succession de restructurations et de changements d’actionnaires, passant notamment sous le contrôle des groupes Elco puis Fagor, avant d’être reprise en 2014 par Cevital.
Pour le groupe algérien, alors dirigé par Issad Rebrab, cette opération s’inscrivait dans une stratégie d’expansion industrielle à l’international, avec un accent particulier sur l’Europe. L’objectif était de s’appuyer sur des marques établies et un outil industriel existant afin de développer une présence dans un marché mature et concurrentiel. Cette acquisition constituait l’un des principaux investissements industriels du groupe hors d’Algérie.
Une dégradation progressive de la situation
Au fil des années, Brandt a été confronté à des difficultés persistantes, dans un contexte de forte concurrence internationale sur le marché de l’électroménager, marqué par la pression sur les coûts et la montée des acteurs extra-européens.
La situation a conduit à l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire en décembre. Le groupe employait encore environ 700 salariés au moment de sa fermeture, dont près de 350 sur son principal site industriel situé près d’Orléans.
Les marques et les stocks ont été cédés à la mi-mars au groupe Cafom pour un montant de 18,6 millions d’euros, marquant la fin des activités opérationnelles.
Un dossier aux implications juridiques et industrielles
Sur le plan juridique, l’action en responsabilité civile envisagée vise à déterminer si des fautes de gestion, des décisions ou des manquements imputables à l’actionnaire ont contribué au préjudice subi par les salariés. En droit français, une telle action suppose d’établir un lien direct entre la gestion du groupe et le dommage invoqué, ce qui constitue un niveau de preuve élevé.
Si cette responsabilité était reconnue, elle pourrait donner lieu à des dommages et intérêts. Sur le plan industriel, ce dossier s’inscrit dans la trajectoire internationale de Cevital, engagée à partir des années 2010 dans une stratégie d’expansion hors d’Algérie. Brandt représentait alors le principal actif industriel du groupe en Europe et un levier central de cette présence internationale.
Depuis, la présence industrielle du groupe hors d’Algérie est plus limitée, Brandt constituant l’essentiel de son implantation manufacturière en France. La liquidation de cette filiale marque ainsi un tournant dans cette trajectoire. Parallèlement, la gouvernance du groupe a évolué ces dernières années, avec le retrait, forcé par décision de justice, de Issad Rebrab de la direction opérationnelle, dans un contexte de recomposition interne.


