Huit ans après, Alger et Madrid relancent leur principal mécanisme de coopération

Annoncée à l'occasion de la visite de Pedro Sánchez à Alger, la VIIIe Réunion de haut niveau (RAN) entre l'Algérie et l'Espagne se tiendra en octobre prochain en Espagne. Au-delà du symbole diplomatique, ce rendez-vous marque la réactivation du principal mécanisme de coopération politique entre les deux pays, interrompu depuis huit ans. Plus encore, il semble illustrer le retour d'une logique de pragmatisme dans laquelle les intérêts économiques, énergétiques et sécuritaires reprennent le dessus, sans pour autant effacer les divergences politiques.

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Tebboune - Sanchez : Sans l'avoir théorisé publiquement, Alger semble désormais privilégier une approche plus compartimentée de sa relation avec Madrid.

L’annonce est presque passée au second plan derrière les déclarations sur le gaz, les investissements ou la normalisation des échanges commerciaux. Pourtant, la décision de tenir la VIIIe Réunion de haut niveau (RAN) entre les gouvernements algérien et espagnol constitue l’un des résultats les plus structurants de la visite du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez.

Cette réunion marquera en effet le retour du principal cadre institutionnel qui organise les relations bilatérales et qui, depuis plus de vingt ans, sert à définir les grandes orientations du partenariat politique, économique et stratégique entre les deux pays.

Un mécanisme prévu par le Traité d’amitié de 2002

Instituées par le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2002, les Réunions de haut niveau constituent le plus haut niveau de concertation entre Alger et Madrid. Organisées, en principe, tous les deux ans, elles réunissent les chefs de gouvernement ainsi qu’une importante délégation ministérielle afin d’arrêter les priorités communes et de conclure des accords dans des secteurs jugés stratégiques.

Depuis la première édition organisée à Alger en 2003, sept réunions se sont succédé alternativement dans les deux pays. La dernière, la VIIe RAN, s’est tenue le 3 avril 2018 sous la présidence de Mariano Rajoy et du Premier ministre Ahmed Ouyahia.

Quelques années plus tard, la crise diplomatique provoquée par le soutien de Madrid au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental allait interrompre cette dynamique. Si les livraisons de gaz n’ont jamais cessé, les PME ont été affectées; les échanges politiques de haut niveau et une grande partie de la coopération institutionnelle ont été durablement gelés.

Retour du pragmatisme

C’est sans doute sur le terrain politique que la portée de cette VIIIe édition apparaît la plus significative. Pedro Sánchez s’est rendu à Alger sans revenir sur le changement de position opéré par son gouvernement en mars 2022 concernant le Sahara occidental. De son côté, l’Algérie a accepté de relancer le principal mécanisme de coopération bilatérale sans que ce différend ait été résolu.

Sans l’avoir théorisé publiquement, Alger semble désormais privilégier une approche plus compartimentée de sa relation avec Madrid. Le désaccord sur le Sahara occidental demeure entier, mais il ne paraît plus empêcher la reprise des coopérations économique, énergétique et sécuritaire.

Cette évolution ne traduit pas un changement de position de fond sur le dossier sahraoui. Elle semble plutôt refléter la volonté des deux capitales de dissocier un contentieux politique majeur d’autres intérêts jugés essentiels, dans un contexte régional et international profondément transformé.

Pour Madrid, cette séquence valide également une stratégie délicate : préserver son rapprochement avec le Maroc tout en rétablissant des relations politiques et économiques de haut niveau avec l’Algérie, partenaire énergétique incontournable de l’Espagne.

Des priorités renouvelées dans un monde transformé

Si les préparatifs sont déjà engagés entre les administrations des deux pays afin de préparer les textes et accords qui pourraient être signés en octobre, l’ordre du jour s’inscrira dans un environnement profondément reconfiguré depuis la dernière RAN. La guerre en Ukraine, la guerre sans fin qui semble de mise au Moyen-Orient, la recomposition du marché gazier européen et la stratégie de diversification énergétique de l’Union européenne confèrent une portée géopolitique accrue au partenariat entre Alger et Madrid.

L’Espagne cherche à sécuriser et, si possible, à accroître ses approvisionnements en gaz algérien, tout en favorisant le retour de ses entreprises sur le marché algérien. De son côté, l’Algérie souhaite attirer davantage d’investissements dans des secteurs comme les infrastructures, le dessalement de l’eau de mer, la transition énergétique ou les nouvelles technologies.

La composition de la délégation patronale ayant accompagné Pedro Sánchez à Alger — réunissant notamment les dirigeants de Naturgy, Repsol, Moeve, Enagás, Airbus, Indra, Técnicas Reunidas, Aqualia ou encore Sacyr Agua — témoigne des attentes économiques qui entourent cette nouvelle séquence diplomatique.

La Réunion de haut niveau d’octobre devrait ainsi offrir un cadre politique destiné à accompagner la relance des projets bilatéraux et à consolider le retour des entreprises espagnoles sur le marché algérien.

Le retour d’une architecture institutionnelle

Huit ans après la VIIe Réunion de haut niveau, les responsables politiques qui présidaient alors aux destinées des deux pays ont quitté la scène. Mariano Rajoy n’est plus au pouvoir en Espagne. Ahmed Ouyahia n’occupe plus de fonctions en Algérie mais une cellule. Le mécanisme institutionnel, lui, a survécu à la crise. La VIIIe Réunion de haut niveau ne marque pas la disparition du différend algéro-espagnol sur le Sahara occidental ; elle acte que ce différend ne suffit plus, à lui seul, à structurer l’ensemble de la relation bilatérale.

Face aux réalités géographiques, aux interdépendances énergétiques et aux enjeux de sécurité en Méditerranée occidentale, Alger et Madrid semblent avoir choisi de renouer avec une coopération institutionnalisée, tout en laissant subsister leurs désaccords politiques. C’est sans doute là la principale portée du rendez-vous annoncé pour octobre.

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