Incendies urbains : les moyens de la Protection civile en Algérie sont-ils adaptés aux nouveaux risques ?

Mecipsa Amokrane
5 min de lecture
L'incendie meurtrier qui a frappé l'Établissement de l'enfance assistée de Mohammadia, faisant 11 morts selon le dernier bilan (DR)

L’incendie meurtrier qui a frappé l’Établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, faisant 11 morts selon le dernier bilan, remet au premier plan une question rarement abordée dans le débat public, la Protection civile algérienne dispose-t-elle des moyens matériels adaptés pour faire face aux incendies les plus complexes ?

Depuis plusieurs années, les discussions autour des capacités d’intervention des secours se concentrent essentiellement sur les feux de forêt. Chaque été, le débat revient sur l’acquisition de Canadair, d’hélicoptères bombardiers d’eau ou encore de drones de surveillance. Pourtant, les incendies qui surviennent dans les immeubles, les établissements accueillant des personnes vulnérables ou les entreprises posent des défis bien différents.

Le drame de Mohammadia en est une illustration. Alors que les circonstances exactes de l’incendie restent à établir par l’ouverture d’une enquête, une vidéo partagée sur les réseaux sociaux montre un appel demandant aux habitants d’apporter des tronçonneuse afin de faciliter l’accès des secours au bâtiment. Ces images suscitent de nombreuses interrogations sur les équipements disponibles lors de ce type d’intervention.

Moins d’un mois auparavant, un autre incendie avait attiré l’attention. À Hassi Messaoud, des employés d’une entreprise de catering, spécialisée dans la restauration collective et la gestion des bases de vie, s’étaient réfugiés sur la terrasse du bâtiment pour échapper aux flammes. Plusieurs témoins avaient alors évoqué l’absence de moyens d’élévation permettant une évacuation rapide, relançant les interrogations sur les capacités d’intervention face aux incendies en hauteur.

Pris séparément, ces deux événements ne permettent pas de conclure à un manque généralisé de moyens. Ensemble, ils invitent toutefois à s’interroger sur l’adéquation des équipements de la Protection civile avec l’évolution des risques auxquels le pays est confronté.

Une diversité de risques

L’urbanisation, la multiplication des bâtiments de plusieurs étages, le développement des infrastructures industrielles et la présence d’établissements accueillant des enfants, des patients ou des personnes âgées rendent les interventions de plus en plus complexes.

Face à ces situations, les services de secours doivent pouvoir disposer d’équipements variés : grandes échelles automatiques, plateformes élévatrices, matériels de découpe, caméras thermiques, véhicules spécialisés pour les risques chimiques et industriels, appareils respiratoires de longue durée ou encore robots capables d’intervenir dans des environnements particulièrement dangereux.

La question n’est donc pas uniquement celle du nombre de camions d’incendie, mais aussi de la spécialisation des moyens déployés selon la nature des risques.

Une question de répartition autant que d’équipement

Au-delà des acquisitions, une autre interrogation concerne la répartition géographique des moyens. Les équipements les plus spécialisés sont-ils disponibles dans toutes les wilayas ou concentrés dans quelques grandes agglomérations ? Les délais d’acheminement permettent-ils de répondre efficacement aux situations d’urgence ? Les unités disposent-elles des matériels les plus récents et ceux-ci font-ils l’objet d’un renouvellement régulier ?

Autant de questions qui méritent d’être documentées à travers les données officielles et les retours d’expérience des professionnels du secteur.

Une réflexion au-delà de l’émotion

Une enquête sur le drame de Mohammadia devra établir les circonstances précises de l’incendie et déterminer d’éventuelles responsabilités. Mais au-delà de ce dossier particulier, ces événements offrent l’occasion d’engager une réflexion plus large sur les capacités opérationnelles de la Protection civile.

L’objectif n’est pas de mettre en cause l’engagement des secouristes, régulièrement salué lors des catastrophes naturelles et des interventions d’urgence, mais d’interroger les moyens dont ils disposent pour accomplir leur mission dans un contexte où les risques évoluent.

À l’heure où les politiques publiques accordent une attention croissante à la prévention des catastrophes, la question n’est peut-être plus seulement de savoir comment lutter contre les feux de forêt, mais aussi si les équipements destinés aux incendies urbains, industriels et aux établissements sensibles évoluent au même rythme que les besoins du terrain.

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