Le 8 avril 2026, des opérateurs économiques ont expédié 5 500 tonnes de grignon d’olive vers l’Italie via le port de Skikda. Une opération symbolique qui marque un tournant dans la gestion des sous-produits de l’olive en Algérie.
Pendant des décennies, les grignons d’olive — résidu solide issu du pressage des olives lors de l’extraction de l’huile — ont été considérés comme un déchet sans valeur. Des centaines d’huileries à travers le pays les déversaient directement dans la nature, faute de filière de valorisation. Résultat : une pollution des sols et des nappes phréatiques, un problème environnemental récurrent que les autorités peinaient à endiguer. Aujourd’hui, la situation commence à changer.
Le 8 avril 2026, 5 500 tonnes de grignon d’olive ont transité par le port de Skikda à destination de l’Italie. Cette expédition s’inscrit dans la stratégie nationale de promotion des exportations hors hydrocarbures. Elle illustre concrètement la montée en puissance du port de Skikda comme plateforme logistique au service de la diversification économique algérienne.
Un déchet qui pollue des régions entières
Pour comprendre l’importance de cette opération, il faut mesurer l’ampleur du problème environnemental en jeu. En Algérie, les huileries se comptent par centaines. Chaque saison oléicole génère des milliers de tonnes de grignons d’olive et de margines — les eaux de végétation issues du pressage. Sans infrastructure de traitement, ces sous-produits finissent souvent abandonnés à l’air libre ou rejetés dans les cours d’eau. Ils dégradent ainsi les écosystèmes, polluent les terres agricoles et nuisent à la biodiversité locale. De plus, leur forte teneur en polyphénols les rend particulièrement nocifs pour l’environnement aquatique. Trouver des débouchés pour ces résidus représente donc un enjeu à la fois économique et écologique majeur.
Une entreprise turque s’installe à Béjaïa
Par ailleurs, des signaux positifs viennent d’une entité étrangère. Une entreprise turque spécialisée dans la valorisation des résidus d’olives a annoncé son implantation dans la wilaya de Béjaïa. Le wali de Bejaia a reçu le mois de janvier dernier, une délégation de cette société pour examiner les aspects techniques et administratifs du projet. Un terrain a déjà été attribué via la plateforme numérique des investisseurs. Ce projet vise à transformer les résidus d’olives en produits valorisables, comme des pellets combustibles, des extraits de polyphénols ou des engrais organiques. Il devrait générer des emplois directs et indirects, tout en offrant une solution durable à un problème environnemental chronique. Le choix de Béjaïa n’est pas anodin : la wilaya occupe la première place nationale en matière de production d’huile d’olive.
Une filière en pleine expansion
L’Algérie mène une politique ambitieuse de développement de l’oliveraie nationale. Les surfaces agricoles dédiées à la culture de l’olive augmentent constamment. De nouvelles exploitations entrent chaque année en production, notamment dans les wilayas de l’est et du centre du pays. À terme, cette dynamique devrait faire de l’Algérie l’un des grands producteurs mondiaux d’olives et d’huile d’olive dans les prochaines années. En conséquence, les volumes de grignons générés vont croître proportionnellement. Il est donc urgent de structurer une filière de valorisation à la hauteur de cet essor.
Vers une économie circulaire de l’olive
Le transit par Skikda de noyaux d’olive à destination de l’Italie constitue un signal encourageant. Il prouve qu’il existe une demande internationale pour ces sous-produits. Il démontre aussi que les opérateurs économiques algériens s’organisent pour capter cette valeur. Combinée à l’investissement turc annoncé à Béjaïa, cette tendance dessine les contours d’une véritable économie circulaire autour de l’olive. Il reste désormais à industrialiser et systématiser ces démarches, pour transformer durablement un déchet polluant en levier de croissance nationale.


