Pétrole russe : Washington prolonge la trêve des sanctions deux jours après avoir affirmé le contraire

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Pétrole russe

Le 15 avril, le secrétaire au Trésor Scott Bessent était catégorique devant les journalistes : l’administration Trump ne renouvellerait pas la dérogation aux sanctions sur les exportations pétrolières russes. Quarante-huit heures plus tard, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC)publiait discrètement la General License 134B.

Datée du 17 avril, cette licence autorise les transactions portant sur le brut et les produits pétroliers russes chargés sur des navires à cette date, jusqu’au 16 mai. Elle remplace la précédente licence 134A, expirée le 11 avril. Le volte-face est spectaculaire, même aux critères d’une administration qui en a fait une méthode de gouvernement.

Une arithmétique de crise

La décision s’inscrit dans le sillage direct de la guerre américano-iranienne déclenchée en février 2026. Le Brent pour livraison en juin avait bondi de près de 5 % le 16 avril, à 99,39 dollars le baril, tandis que le WTI progressait de 4 % à 94,69 dollars, portés par la paralysie persistante du détroit d’Ormuz. La pression des pays asiatiques, dont les Philippines, a été décisive. « Au moment où les négociations s’accélèrent, le Trésor veut s’assurer que le pétrole soit disponible pour ceux qui en ont besoin », a indiqué un porte-parole du département du Trésor.

Bessent a tenté de défendre la cohérence de la démarche. « Imaginons un monde différent où le prix du pétrole aurait bondi à 150 dollars : la Russie aurait alors beaucoup plus gagné », a-t-il estimé devant la presse, ajoutant que ces barils « allaient être vendus à la Chine de toute façon ».

L’architecture des sanctions érodée

L’édifice de pression économique sur Moscou, patiemment construit depuis 2022, s’était pourtant considérablement renforcé à l’automne. Le Trésor américain avait sanctionné Lukoil et Rosneft en octobre 2025, une mesure qualifiée de parmi les plus puissantes jamais prises contre le secteur énergétique russe. Les effets avaient été immédiats : les volumes d’exportations maritimes des deux compagnies avaient chuté de 83 % en glissement annuel entre décembre 2025 et février 2026.

La guerre contre l’Iran a tout redistribué. La licence de mars 2026 a de facto supplanté le plafond de prix imposé par le G7. Le gain pour Moscou est chiffrable : l’AIE a estimé que les revenus russes tirés des exportations avaient atteint 19 milliards de dollars le mois dernier, contre un creux de 9,75 milliards en février. Selon l’Atlantic Council, la Russie engrangerait 150 millions de dollars supplémentaires de recettes budgétaires par jour.

« Jouer pour la paix ou pour Poutine ? »

À Washington, la polémique dépasse les clivages habituels. Des élus des deux partis ont dénoncé une politique accommodante envers Moscou, tandis qu’Ursula von der Leyen rappelait publiquement que ce n’est « pas le moment d’assouplir les sanctions ». L’envoyé présidentiel russe Kirill Dmitriev a, lui, salué le renouvellement dans un message sur les réseaux sociaux, estimant que « la coopération économique et énergétique russo-américaine va se poursuivre ».

Brett Erickson, expert en sanctions chez Obsidian Risk Advisors, a averti que « la seule solution restante pourrait être de laisser Moscou jouer les sauveurs, au prix d’une destruction durable de l’architecture de sanctions que l’Occident a mis des années à bâtir ».

Pour les chercheurs de l’Atlantic Council Maia Nikoladze et Daniel Fried, une voie médiane existe : réimposer le plafond de prix sur le pétrole russe tout en réintroduisant un mécanisme de compte séquestre pour le pétrole iranien permettrait de limiter les revenus des deux régimes sans compromettre l’approvisionnement mondial.

L’option reste suspendue aux négociations avec Téhéran. Le FMI a déjà revu à la hausse ses prévisions de croissance pour la Russie en 2026, de 0,3 point à 1,1 %, sous l’effet direct de la hausse des prix de l’énergie. La licence 134B court jusqu’au 16 mai. La trêve entre Washington et Téhéran expirait, elle, le 21 avril.

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