Un an presque jour pour jour après que Pékin eut avancé l’idée sans parvenir à la faire aboutir, vingt-neuf pays ont signé jeudi 16 juillet à Shanghai l’accord portant création de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’intelligence artificielle (WAICO, en anglais), première institution intergouvernementale consacrée à la gouvernance de cette technologie, dans un moment où la rivalité sino-américaine sur les puces et les modèles avancés structure tout le secteur.
L’Algérie figure parmi les fondateurs, aux côtés notamment de la Russie, de l’Indonésie, du Pakistan et du Kazakhstan. Ni les États-Unis ni les grands pays européens n’ont signé. Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a paraphé le texte au nom de Pékin, en présence du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, rapporte l’agence Xinhua.
Côté algérien, la signature revient à Meriem Benmouloud, dépêchée à Shanghai sur instruction du président de la République. Le Haut-Commissariat à la numérisation présente l’institution, dont le siège sera fixé dans la métropole chinoise, comme « la première du genre, spécialisée dans l’intelligence artificielle et sa gouvernance à l’échelle mondiale ».
Une organisation adossée à la Charte des Nations unies
Le texte fondateur assigne à l’organisation la promotion de la coopération internationale et de la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, afin que la technologie demeure « bénéfique, sûre et équitable », selon le compte rendu officiel chinois, et se réclame des buts de la Charte des Nations unies et d’une approche « centrée sur l’humain ».
Le président chinois Xi Jinping a donné le ton le lendemain, à l’ouverture de la conférence mondiale. Le développement de l’intelligence artificielle « ne doit pas être une performance en solo d’un seul pays, mais une symphonie de coopération internationale », a-t-il lancé, selon la dépêche de Xinhua, qualifiant la nouvelle institution de « jalon important dans l’histoire du développement de l’IA », réponse de la Chine « à l’appel du Sud global ».
Sans jamais nommer Washington, il a appelé à s’opposer ensemble à « l’élargissement excessif du concept de sécurité nationale » et aux comportements qui placent « la sécurité d’un État au-dessus de celle des autres » dans le domaine de l’intelligence artificielle, une allusion transparente aux restrictions américaines à l’exportation.
Le volet des annonces intéresse directement Alger. Xi Jinping a promis aux pays en développement 5 000 opportunités de formation et de séminaires en intelligence artificielle sur les cinq prochaines années, la création de centres de coopération internationale montés avec, entre autres, la Ligue des États arabes et l’Union africaine, deux organisations dont l’Algérie est membre, ainsi que le déploiement dans 30 pays du système d’alerte précoce « MAZU » consacré aux catastrophes météorologiques.
Un pari sur une place dans la gouvernance numérique
L’adhésion prolonge une position défendue de longue date par Alger, qui plaidait encore début juin, à la Conférence internationale du Travail, pour une gouvernance internationale équitable de ces technologies. Le pays signe en position de premier de cordée régional, en tête du Maghreb selon le Global AI Index de fin 2025, et remonte au printemps à la neuvième place africaine en matière d’adoption d’après les données de Microsoft, avec un marché intérieur projeté à 1,69 milliard de dollars d’ici 2030.
Le socle reste néanmoins fragile, entre recherche sous-financée, secteur technologique marginal dans un produit intérieur brut arrimé aux hydrocarbures, et adoption par les entreprises plus lente que les discours officiels. L’appartenance à une organisation naissante, dont les organes, le budget et les prérogatives restent à construire, n’y changera rien à court terme.
Mme Benmouloud prolonge son séjour à Shanghai pour participer, du 17 au 20 juillet, aux travaux de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle 2026, ouverte en présence de Xi Jinping.


