Dans une enquête publiée mardi 22 juillet, le quotidien français estime que cette évolution s’inscrit dans un renforcement de la coopération entre Alger et Paris. Longtemps perçue par certains trafiquants français comme un refuge relativement sûr, l’Algérie participerait désormais, aux côtés du Maroc, à une intensification des recherches visant les fugitifs recherchés par la justice française.
S’appuyant sur un document confidentiel de l’Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO), cité par Le Monde, le quotidien indique que 124 fugitifs recherchés par la justice française seraient actuellement localisés en Algérie, contre 218 au Maroc et 59 en Tunisie. Le Maroc demeure ainsi la première destination identifiée, notamment pour les personnes impliquées dans des affaires de trafic de stupéfiants.
L’enquête souligne toutefois que le Maghreb offre aujourd’hui des conditions de refuge moins favorables qu’auparavant. Au Maroc, la coopération judiciaire et policière avec la France s’est sensiblement renforcée ces derniers mois, facilitant plusieurs opérations contre des réseaux de blanchiment et de narcotrafic.
Mohamed Djeha comme illustration
En Algérie, cette dynamique est plus récente. Le Monde rappelle notamment la visite à Alger, en mai dernier, du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, suivie de déplacements en France de magistrats et de responsables des services de sécurité algériens. Selon le quotidien, ces échanges s’inscrivent dans une reprise de la coopération entre les deux pays sur les dossiers de criminalité organisée.
L’affaire Mohamed Djeha est présentée comme l’une des illustrations de cette évolution. Décrit par les autorités françaises comme l’un des principaux animateurs du réseau de La Castellane à Marseille, Mohamed Djeha, surnommé « Mimo », est considéré comme l’une des figures du narcobanditisme marseillais. Selon plusieurs médias français, son organisation aurait généré jusqu’à 100 000 euros de recettes quotidiennes grâce au trafic de stupéfiants et entretenu des liens avec la DZ Mafia.
Son nom est également apparu dans l’affaire de l’opération policière « Trident », ouverte après la disparition de 387 kilogrammes de cocaïne utilisés dans le cadre d’une livraison surveillée.
Visé par un mandat d’arrêt international et inscrit sur la liste des cibles prioritaires de l’Office anti-stupéfiants (Ofast), il a été condamné par contumace en mai 2023 à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir commandité un assassinat en 2017. Sa cavale a pris fin en juin 2023 lors de son arrestation en Algérie. L’Algérie, comme la France, n’extrade pas ses ressortissants.
Une nouvelle préoccupation : les drogues de synthèse
Au-delà de la coopération bilatérale, les pays du Maghreb sont confrontés à une évolution des flux criminels. Citant des responsables français de la lutte antidrogue, Le Monde souligne que la région n’est plus seulement un lieu de repli pour certains trafiquants recherchés, mais devient également une destination croissante des drogues de synthèse en provenance d’Europe, alimentant de nouvelles préoccupations de sécurité intérieure.
Le quotidien souligne également que cette évolution répond à un enjeu de crédibilité internationale pour les États de la région, soucieux de ne pas être durablement perçus comme des refuges pour des réseaux criminels transnationaux, alors que la coopération contre le narcotrafic, le blanchiment d’argent et la criminalité organisée s’intensifie.
Selon Le Monde, ce resserrement progressif de la coopération au Maghreb, conjugué à l’intensification des extraditions depuis les Émirats arabes unis, conduit déjà certains fugitifs à rechercher de nouvelles destinations, notamment en Turquie, en Thaïlande ou en Indonésie.


