Une partie du diesel russe interdit d’accès direct au marché européen est-elle en train de revenir via le Maroc ? La question, déjà ancienne, s’impose à mesure que les données récentes sur les flux commerciaux révèlent des évolutions atypiques entre la Russie, le royaume chérifien et l’Espagne.
Selon des informations relayées par le quotidien La Razón, le Maroc figure désormais parmi les principaux importateurs de diesel russe, dans un contexte de redéploiement des exportations de Moscou depuis l’entrée en vigueur des sanctions européennes.
Les volumes en jeu sont significatifs. D’après des données de suivi maritime citées par des médias spécialisés, plus d’un million de tonnes de diesel russe ont été livrées au Maroc en 2025, soit environ 25 % des importations du pays. En 2024 déjà, la Russie représentait près de 9 % des 6,5 millions de tonnes de diesel importées par le Maroc.
Parallèlement, un autre phénomène attire l’attention. Entre mars et avril 2025, environ 123 000 tonnes de diesel en provenance du Maroc ont été importées en Espagne, un volume supérieur à celui cumulé des quatre années précédentes.
Effet de transit
Ce double mouvement — hausse des importations marocaines depuis la Russie et progression des exportations vers l’Espagne — alimente les interrogations sur un possible effet de transit.
Sur le plan juridique, aucune infraction n’est établie. Le Maroc n’est pas soumis aux sanctions européennes visant les hydrocarbures russes et peut importer librement ces produits. De plus, les opérations de stockage, de mélange ou de revente peuvent modifier le statut commercial du carburant, compliquant sa traçabilité.
Mais plusieurs éléments nourrissent le débat. Le Maroc ne dispose plus de capacités de raffinage depuis l’arrêt de la raffinerie de Mohammedia en 2016, ce qui limite sa capacité à transformer les produits importés. Des analystes estiment que cette configuration renforce l’hypothèse d’un rôle logistique dans la redistribution régionale.
Un débat déjà ancien en Espagne
Ce type d’interrogations n’est pas nouveau. Dès 2023, lePDG de Repsol, Josu Jon Imaz, avertissait que du diesel russe continuait de circuler sur le marché européen via des pays tiers (La Tribune, 2023). La même année, la ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, avait annoncé des vérifications sur l’origine des produits pétroliers importés, après des soupçons de réacheminement indirect (Le360, 2023).
Si ces contrôles n’ont pas mis en évidence d’infractions formelles, ils ont contribué à installer durablement le débat sur les limites des dispositifs de traçabilité.
Un paradoxe au cœur des sanctions
Au-delà du cas marocain, ces évolutions illustrent les effets indirects des sanctions occidentales contre la Russie. Si celles-ci ont réduit les importations directes en Europe, elles ont aussi contribué à rediriger les flux vers des pays tiers, où ils peuvent être réintégrés dans les circuits commerciaux internationaux.
Dans ce contexte, une question se pose : les sanctions européennes ont-elles réellement interrompu les flux de diesel russe vers l’Europe — ou les ont-elles simplement rendus moins visibles ?


