En dix jours, le conflit au Moyen-Orient a transformé un marché pétrolier déjà nerveux en terrain de panique. Le FMI prévient. Les banques centrales recalculent. Et le monde aborde ce nouveau choc avec des marges de manœuvre réduites.
Kristalina Georgieva n’a pas choisi ses mots au hasard. La directrice générale du Fonds monétaire international a déclaré lundi que la résilience de l’économie mondiale est « à nouveau mise à l’épreuve », dans un contexte où de nombreux pays affrontent ce choc avec “des tampons épuisés”. Elle s’exprimait à la fois devant le ministère des Finances japonais et sur Bloomberg Television, à la veille d’un week-end marqué par de nouveaux bombardements au Moyen-Orient. “Mon conseil aux décideurs politiques dans ce nouvel environnement mondial est de penser l’impensable et de s’y préparer”, a-t-elle ajouté.
Ce n’est pas un avertissement rhétorique. Dix jours après le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, les chaînes d’approvisionnement pétrolier sont sous pression sérieuse. Les ports du Golfe Persique sont devenus des cibles militaires. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement près de 20 millions de barils par jour, est fermé. Sur les marchés, le Brent a bondi de 30 % en quelques heures lundi pour franchir les 110 dollars. Du jamais vu en si peu de temps. Il y a encore quelques semaines, l’OAPEC et le FMI tablaient sur un baril sous les 70 dollars pour 2026. Ces prévisions appartiennent déjà à un autre monde.
Le FMI a posé des chiffres sur ce désordre. Une hausse de 10 % des cours pétroliers maintenue pendant la majeure partie de l’année se traduirait par 40 points de base supplémentaires sur l’inflation mondiale et par une amputation de 0,2 point de la croissance. Les marchés financiers anticipent désormais deux hausses de taux de la BCE (Banque centrale européenne) cette année, contre une seule envisagée vendredi.
La Réserve fédérale américaine aura du mal à mettre en œuvre les baisses de taux qu’elle avait anticipées. Baisser les taux face à un choc inflationniste par les coûts reviendrait à amplifier la pression sur les prix dans des économies déjà fragilisées.
Pour l’Algérie, une équation à double entrée
La tentation est grande de lire ce choc comme une aubaine pour Alger. La loi de finances 2026 table sur 60 dollars le baril et un Brent à 115 dollars semble offrir une marge de sécurité considérable. Mais les contrats gaziers de Sonatrach, indexés sur le Brent avec des délais de révision trimestriels ou semestriels, freinent la répercussion immédiate de la hausse sur les recettes réelles. Les effets concrets se feront sentir, au mieux, à horizon d’un an.
D’ici là, le durcissement monétaire en Europe constitue un risque sérieux. Des taux plus élevés chez les principaux clients de Sonatrach freineraient la demande. Le gain pétrolier risque d’être en partie absorbé par le renchérissement de la facture des importations algériennes. Le FMI l’a modélisé pour l’Algérie : une variation de 10 % des prix de l’énergie déclenche une réaction en chaîne qui traverse la balance courante, le taux de change du dinar et les dépenses publiques.
Ce que Georgieva appelle “penser l’impensable”, Alger devrait le traduire concrètement. Le baril à 110 dollars redonne de l’air au pays. Mais si le choc pétrolier plonge l’Europe dans un nouveau ralentissement, ce que l’Algérie gagne d’un côté, elle risque de le reperdre de l’autre.


