Dans un contexte de forte hausse des coûts opérationnels, notamment liée au renchérissement du kérosène, Air France a récemment pris la décision de reprendre le survol de la Libye sur certaines liaisons à destination de l’Afrique. Une stratégie visant à optimiser les temps de vol et à réduire la consommation de carburant, mais qui suscite une vive contestation en interne.
Une logique économique assumée
Depuis la fin du mois de mars, la compagnie française emprunte un couloir aérien spécifique au-dessus du territoire libyen, permettant de raccourcir les trajets vers des destinations comme Kinshasa ou Johannesburg d’environ une heure. Cette optimisation représente un levier significatif d’économies dans un secteur où le carburant constitue l’un des principaux postes de dépense.
Cette décision a été validée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), autorité de tutelle du transport aérien en France, qui estime que le couloir utilisé présente des garanties de sécurité suffisantes.
Un choix controversé sur le plan sécuritaire
Malgré cette validation réglementaire, la décision reste isolée au niveau international. L’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA), ainsi que les autorités américaines, recommandent toujours d’éviter le survol de la Libye en raison de l’instabilité persistante dans le pays.
Les tensions entre milices locales et les risques liés à la prolifération d’armes, notamment les missiles sol-air, alimentent les inquiétudes. Ces menaces, bien que théoriques, sont prises très au sérieux dans l’aviation civile internationale.
Fronde des personnels navigants
Au sein d’Air France, les syndicats et représentants du personnel dénoncent une décision jugée « irresponsable ». Le syndicat SNPNC-FO ainsi que les instances internes de sécurité ont évoqué un « danger grave et imminent », ouvrant la voie à un possible recours au droit de retrait.
Les personnels navigants reprochent à la direction de privilégier des considérations économiques au détriment de la sécurité, même si la compagnie affirme le contraire. Air France insiste sur le fait que la sécurité demeure sa priorité absolue et rappelle que les commandants de bord conservent la possibilité de modifier la trajectoire en cas de risque.
Une pratique déjà adoptée par d’autres compagnies
Air France n’est toutefois pas un cas isolé. Plusieurs grandes compagnies internationales, dont Qatar Airways, Emirates, EgyptAir et Turkish Airlines, utilisent également des routes aériennes passant au-dessus de la Libye.

