Face à la détérioration critique de leur état de santé, marquée par plusieurs évanouissements, le consul d’Italie à Benghazi a rompu le protocole diplomatique pour lancer un appel public urgent à leur libération, tandis que le procureur libyen acquis à l’Armée nationale libyenne (ANL) a ordonné la prolongation de leur détention au moins jusqu’au mardi 9 juin.
La vie des dix humanitaires est menacée
La vie des dix humanitaires internationaux ne tient plus qu’à un fil dans l’Est libyen. Entrés dans leur cinquième jour d’une grève de la faim et de la soif totale pour dénoncer l’absence d’accès à une assistance juridique indépendante et les mauvais traitements subis, les détenus sont à bout de forces. Selon le mouvement Global Sumud Italia, leur état de santé décline à un rythme alarmant : plusieurs évanouissements ont été formellement signalés, en particulier parmi les déléguées du groupe.
Ce groupe de dix prisonniers politiques, arrêtés par les hommes de Haftar, illustre la portée internationale de la crise : il comprend deux Italiens, deux Argentins, un Uruguayen, un Américain, un Polonais, la journaliste espagnole Alicia Armesto, un Portugais et un militant tuniso-canadien. Face à l’impossibilité pour les avocats d’accéder aux détenus, la Croix-Rouge internationale a été saisie en urgence afin de tenter d’accéder à leur lieu de détention et d’évaluer leur état de santé.
Rome hausse le ton
Face à l’imminence d’une tragédie, la diplomatie italienne a durci le ton de manière spectaculaire. Lors d’une cérémonie volontairement sobre, marquée par l’absence symbolique de l’ambassadeur d’Italie en Libye, Gianluca Alberini, le consul général Francesco Colombo a prononcé à Benghazi un discours d’une gravité exceptionnelle devant les responsables locaux de l’Est libyen. Il a lancé un appel direct à « l’esprit d’amitié » afin que « cette affaire puisse être résolue rapidement, permettant aux détenus de retrouver leurs familles, qui vivent dans l’angoisse depuis leur arrestation ».
« Nous respectons pleinement la souveraineté libyenne et ses lois, mais je tiens à souligner que ces personnes sont venues ici dans un esprit de solidarité », a martelé le diplomate italien, dont le pays assure également la protection consulaire des citoyens argentins détenus.
Manoeuvre judiciaire à Benghazi
Malgré cette pression diplomatique européenne coordonnée, le clan Haftar s’entête dans la voie de la criminalisation. Le 2 juin, Léonarda Alberizia, Domenico Centrone et leurs huit compagnons ont été traduits devant un procureur libyen à Benghazi. Faisant fi de leurs visas en règle et des garanties de passage sollicitées auprès de vingt gouvernements avant le départ de la caravane, le 15 mai depuis la Mauritanie, le magistrat a ordonné le maintien en détention provisoire du groupe, fixant la prochaine audience au 9 juin.Des observateurs redoutent que l’état-major de l’Est libyen n’utilise les militants comme monnaie d’échange politique, transformant ce qui aurait dû être une simple expulsion administrative de la zone militaire restrictive de Syrte en un procès pour atteinte à la sécurité nationale.
Le double blocus de l’aide à Gaza
L’acharnement des forces de Haftar contre ce convoi, qui transporte sept ambulances, vingt mobil-homes et dix camions de nourriture, met en lumière la géopolitique du blocage de l’aide destinée à Gaza. Ce coup d’arrêt porté à la branche terrestre de l’initiative fait directement écho à l’interception de sa composante maritime, la Global Sumud Flotilla, par l’armée israélienne le 18 mai dernier.
Soutenu par les Émirats arabes unis et l’Égypte, Haftar fait le travail que d’autres ne peuvent assumer ouvertement : criminaliser une opération civile de solidarité avec Gaza, alors que l‘entreprise génocidaire menée contre les Palestiniens se poursuit dans une indifférence internationale largement dénoncée.
À l’approche de l’échéance judiciaire du 9 juin, la grève de la faim et de la soif des dix de Syrte n’est plus seulement une forme de protestation. Elle est devenue un compte à rebours médical susceptible de se transformer en scandale international pour le régime de Benghazi.


