Il ne manquait qu’un « politique » pour confirmer les appréhensions d’un été « politique » totalement pourri, où le statu quo entretenu nous ramène vers des régressions mortelles.
Abderrezak Makri, qui avait autrefois donné l’apparence — ou l’illusion — d’un islamiste capable de dépasser les vieux atavismes, s’en est chargé dans un post sur Facebook à la teneur tristement familière du « takhwin ».
Sur les réseaux sociaux, à la faveur d’événements qui ont eu des suites judiciaires, la vieille — et durablement entretenue — polarisation entre islamistes et laïcs a ressurgi avec force.
Pour ceux qui ont vécu les espérances d’octobre 1988, puis les désillusions nées d’un processus démocratique avorté et la plongée dans la décennie noire, c’est un mauvais remake. Un très mauvais remake, qui s’inscrit dans la tragique et désespérante reproduction du statu quo.
En 2026, l’Algérie a des problèmes sérieux. Des problèmes économiques qui n’ont pas de solutions « techniques », mais politiques. Le contexte mondial, profondément transformé, impose de les chercher dans le cadre d’un débat ouvert.
L’Algérie a besoin de réfléchir à son système éducatif et de le réformer, sans ramener cette réforme à la sempiternelle et fausse question des langues. L’Algérie a besoin de réfléchir à l’organisation d’un État qui combine le paradoxe d’être à la fois très bureaucratique et de laisser le pays — notre grand pays — terriblement sous-administré.
Ce sont des questions lourdes et graves. Leur solution ne peut être décrétée : elle doit être construite dans un cadre ouvert et libre. Et elle remet naturellement en cause des intérêts établis, des habitudes et des modes de pensée et de fonctionnement qui tournent à vide.
C’est le « Sujet » depuis octobre 1988. Le sujet pour lequel la réponse, franche ou inconsciente, a constamment consisté à préserver le statu quo, quitte à laisser le pays réel s’éloigner toujours davantage du pays officiel.
Les polarisations entre islamistes et laïcs, ou entre « francophones » et « arabophones », sont difficiles à contrer rationnellement. Elles se nourrissent d’une expérience tragique, d’une peur entretenue et d’une incapacité à mener un débat politique rude, mais sérieux. Elles sont les signaux cliniques et pathologiques du statu quo politique.
En cet été 2026, chaud et brûlant, les réseaux sociaux — seul lieu où la « politique » semble encore autorisée à s’exprimer — bruissent de discours déjà entendus et déjà lus.
On appelle donc le « pouvoir » à bâillonner l’adversaire et on l’estampille traître. On oublie vite que tout le monde est perdant dans cette neutralisation du débat politique libre par l’anathème, comme celui qui vient d’être déversé par Makri.
À quoi sert sa diatribe ? À rien. Ou plutôt à donner du grain à ceux qui affirment que la société n’est pas prête à un développement politique significatif et qu’elle a besoin d’être menée par la force. En gros, à continuer avec la même forme de gouvernance qui empêche le pays d’avancer. Le statu quo, c’est la religion officielle du régime algérien — et de ses faux opposants qui participent à son entretien.
Dans cet été brûlant, des questions graves se posent au pays. Et voilà que le miracle d’un retour vers les thèmes identitaires ou linguistiques permet de les évacuer.
Pourquoi le Hirak était-il si détestable aux yeux du pouvoir ? Parce qu’il brisait le statu quo de la polarisation. Parce que des Algériens qui s’étaient opposés frontalement pouvaient converger, discuter et échanger. Parce qu’il démontrait que le pays avait besoin d’un nouveau contrat social pour aller vers une société de citoyens, avec des libertés fondamentales — dont la liberté de croyance — à consacrer définitivement.
Le débat pourri de cet été pourri nous éloigne de cet esprit ambitieux du Hirak : sortir le pays des discussions creuses pour aller enfin vers le fond.


