Oued Soummam : le retour inespéré du poisson cinq ans après sa disparition

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L'Oued Soummam, dans la wilaya de Béjaïa, où des poissons ont été observés ces derniers jours après cinq ans d'absence. (DR)

Des riverains ont observé des poissons vivants dans les eaux de l’Oued Soummam ces derniers jours. Un événement local qui fait sensation. Ces êtres vivants avaient totalement disparu depuis l’été 2020. Cinq ans de silence écologique dans l’une des vallées les plus peuplées d’Algérie.

Un retour que l’on doit au barrage de Tichy Haf

La cause de ce retour inattendu est identifiée. Le barrage de Tichy Haf, dans la wilaya de Béjaïa, a atteint son taux de remplissage maximal, 100 %. Il déverse désormais ses surplus dans le lit de l’Oued Soummam. Et avec ces eaux, il emporte une vie insoupçonnée, des poissons issus du barrage lui-même.

Ces poissons se reproduisaient dans la retenue du barrage depuis des années. Les eaux déversées les ont entraînés naturellement vers la rivière. C’est ainsi qu’ils ont réapparu dans l’Oued Soummam, portés par le courant, vivants et visibles. Les riverains n’en croyaient pas leurs yeux.

Ce volume d’eau produit un double effet. Il a mécaniquement rehaussé le débit de la rivière. Il a également réduit les polluants accumulés depuis des années. Il a recréé, au moins temporairement, des conditions favorables à la vie aquatique. La nouvelle se répand vite dans la vallée. Depuis l’été 2020, aucun signe de vie animale n’avait été observé dans ce cours d’eau. Ni poissons, ni grenouilles, ni aucune autre espèce aquatique. La Soummam était devenue une rivière morte. Ce retour, aussi inattendu que spectaculaire, constitue un signal fort que les observateurs locaux suivent désormais de près.

Trois facteurs ont tué la rivière

Pour comprendre ce retour, il faut d’abord rappeler pourquoi la vie avait disparu. Trois phénomènes combinés ont asphyxié l’Oued Soummam.

Premier facteur, la sécheresse. Depuis 2019, les précipitations baissent de manière significative dans la région. Cette tendance réduit le débit de la rivière, surtout en été. Un cours d’eau à faible débit se réchauffe davantage. Il s’oxygène moins. Il devient hostile à toute vie aquatique.

Deuxième facteur, la pollution. C’est le plus grave. Les collectivités urbaines et industrielles de la vallée rejettent leurs eaux usées directement dans l’Oued Soummam, sans traitement préalable. Aucune station d’épuration ne fonctionne sur l’ensemble du linéaire de la rivière. La seule station existante, projetée à Sidi Aïch, attend toujours la fin des travaux de raccordement au réseau d’assainissement. Ce déversement massif de matières polluantes a éliminé tout signe de vie dans cette zone humide.

Troisième facteur, les barrages. La mise en service du barrage de Tichy Haf à Béjaïa et de celui de Semache à Bouira a privé la Soummam de deux sources d’alimentation importantes. Ces ouvrages hydrauliques retiennent des volumes d’eau considérables. Ils réduisent le débit naturel de la rivière en aval. Moins d’eau signifie moins de dilution des polluants. Et moins de conditions favorables à la biodiversité. Paradoxalement, c’est aujourd’hui ce même barrage de Tichy Haf, plein à ras bord, qui redonne temporairement vie à la rivière, en y déversant ses eaux et ses poissons.

Trois stations d’épuration en construction, l’espoir est concret

Ce retour reste néanmoins fragile. Il repose sur un événement conjoncturel, le trop-plein d’un barrage. Dès que les déversements cesseront, le débit baissera à nouveau. La pollution reprendra ses droits. Les poissons, privés de leur environnement naturel originel, ne survivront pas durablement dans une rivière également dégradée.

La vraie solution est structurelle. Trois stations d’épuration sont actuellement en cours de construction dans la vallée, à Akbou, à El Kseur et à Oued Ghir. Leur mise en service constituerait un tournant décisif. Elle réduirait drastiquement les rejets polluants dans la rivière. Elle offrirait aux espèces aquatiques des conditions de vie viables et durables. C’est la condition sine qua non d’une renaissance écologique réelle.

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