Le verdict des chiffres est sans appel : les exportations françaises vers l’Algérie ont enregistré une chute brutale de 12 % sur l’année 2025, ramenant leur valeur globale à 4,2 milliards d’euros. Ce recul témoigne de l’érosion profonde des parts de marché des entreprises françaises face à un contexte politique complexe et une concurrence internationale de plus en plus agressive.
Un séisme de 62 % dans le secteur agricole
Le dégel diplomatique amorcé récemment entre Paris et Alger ne masque pas les dégâts structurels subis ces derniers mois. Selon des données publiées par Les Échos, le secteur le plus durement touché est sans conteste l’agriculture : entre juillet 2024 et juin 2025, les ventes de produits agricoles se sont effondrées de 62 %. L’Algérie, autrefois deuxième débouché africain pour les céréales françaises, a quasiment fermé ses vannes, marquant un tournant historique dans les échanges bilatéraux.
L’impact ne se limite pas aux grands groupes. Environ 10 % des 6 000 PME françaises qui exportaient vers le marché algérien n’ont pas survécu à la crise. Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF), explique la complexité de la situation : « Même s’il n’y a pas eu d’instructions écrites de la part du gouvernement algérien, à la différence du gel complet des échanges avec l’Espagne de 2022 à 2024, beaucoup d’entreprises se sont retrouvées entravées dans leurs démarches pour exporter vers le pays. »
Une place disputée par de nouveaux concurrents
Alors que la France recule, d’autres puissances s’engouffrent dans la brèche. Si la Chine maintient sa position de premier fournisseur, les entreprises italiennes, turques et espagnoles gagnent du terrain, notamment sur les grands projets d’infrastructures.
Brahim Oumansour, directeur de l’Observatoire du Maghreb à l’IRIS, estime que les entreprises françaises ont été doublement pénalisées par la crise diplomatique et par l’offensive de nouveaux concurrents. « Les entreprises françaises ont perdu des parts de marché face à leurs concurrents italiens, turcs ou espagnols », affirme-t-il.
Selon lui, le défi est désormais de restaurer une coopération sécuritaire et migratoire, tout en tentant de regagner la confiance des acteurs économiques après près de deux ans de turbulences. Malgré cette contraction, la France demeure l’un des principaux investisseurs étrangers en Algérie. Mais la tendance confirme que l’influence économique française n’est plus dominante, même lorsque les relations politiques s’améliorent.


