Pétrole : 580 millions de dollars échangés avant le message de Trump sur l’Iran

4 min de lecture
La Bourse de New York, sur Wall Street, où des transactions massives sur le pétrole ont précédé de quinze minutes une annonce présidentielle sur l'Iran. (DR)

À 6h49, heure de New York, lundi matin, quelqu’un vendait massivement du pétrole. Quinze minutes plus tard, Donald Trump publiait sur Truth Social un message évoquant des négociations avec Téhéran. Les prix du brut s’effondraient aussitôt.

Le Financial Times, qui a reconstitué la séquence à partir de données Bloomberg, a établi qu’environ 6 200 contrats à terme Brent et WTI ont changé de mains en l’espace d’une minute, entre 6h49 et 6h50. La valeur totale de ces échanges est estimée à 580 millions de dollars. La publication présidentielle est arrivée à 7h04, entraînant une forte volatilité sur les marchés à terme de Wall Street et une onde de choc sur les actions européennes.

«Qui aurait été relativement agressif dans la vente de contrats à terme ?»

La coïncidence de calendrier n’a pas échappé aux opérateurs de marché. Un stratège chez un courtier américain, interrogé par le Financial Times, a reformulé la question que tout le monde pose sans oser y répondre directement : «Il est difficile de prouver la causalité, mais il faut se demander qui aurait été relativement agressif dans la vente de contrats à terme à ce moment-là, quinze minutes avant le post de Trump.» L’identité de l’entité ou des entités à l’origine des transactions reste inconnue.

Un gestionnaire de portefeuille, fort de vingt-cinq années d’expérience de marché, a été plus direct. Selon lui, «d’après mon expérience des marchés au cours des vingt-cinq dernières années, c’est vraiment anormal. Quelqu’un vient de s’enrichir considérablement.» Il a par ailleurs signalé une montée de la «frustration» parmi les investisseurs, certains fonds spéculatifs ayant observé une multiplication récente de transactions importantes survenant peu avant des annonces officielles de la Maison Blanche.

«Sans fondement et irresponsable»

La réaction de l’exécutif américain n’a pas tardé. Le porte-parole Kush Desai a fermement démenti toute irrégularité, affirmant que «le seul objectif du président Trump et des responsables de l’administration est de faire ce qui est le mieux pour le peuple américain». Il a ensuite qualifié d’«irresponsable et sans fondement» toute insinuation selon laquelle des fonctionnaires auraient tiré profit de leur accès à des informations privilégiées.

L’épisode s’inscrit dans une série de séquences similaires observées depuis le retour de Trump à la Maison Blanche, où les marchés financiers ont régulièrement réagi avec une précision troublante à des annonces présidentielles. La plateforme Unusual Whales, qui surveille les transactions atypiques, a relevé que deux paris distincts avaient été placés simultanément : des contrats à terme sur le S&P 500 pour 1,5 milliard de dollars en sens haussier, et des ventes de pétrole pour 192 millions de dollars en sens baissier.

Téhéran dément, les régulateurs silencieux

La situation s’est complexifiée quelques heures plus tard lorsque le président du Parlement iranien, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a formellement démenti l’existence de négociations avec Washington, qualifiant le message de Trump de «fausse nouvelle utilisée pour manipuler les marchés financiers et pétroliers». La Maison Blanche n’a fourni aucune précision supplémentaire sur la nature des contacts évoqués.

La Securities and Exchange Commission (SEC) et le Commodity Futures Trading Commission (CFTC), respectivement gendarme des marchés financiers et régulateur des matières premières, n’ont pas communiqué sur d’éventuelles investigations. Leur silence, dans les heures qui ont suivi, a alimenté autant de spéculations que les transactions elles-mêmes.

Partager cet article