La crise des pneus en Algérie est devenue un sujet pour tous les automobilistes. Un sujet qui s’ajoute aux discussions récurrentes sur la météo et les incendies en cet été, dans le monde réel comme dans le virtuel.
Sur les réseaux sociaux, les vidéos sur la crise des pneus sont toujours aux écrans. Un automobiliste avec un pneu éclaté en pleine autoroute, sans roue de secours, qui se plaint de la situation. Et même les vulgarisateurs multiplient leurs Réels, les vidéos et des directs pour exposer les pneus disponibles. Les commentaires et les clics, ce n’est pas ce qui manque.
Depuis le lancement de la plateforme El Mahata de Naftal en mai dernier, j’ai fait une inscription pour avoir deux pneus. Depuis le 12 mai dernier, cela fait plus de trois mois d’attente pour finalement recevoir un message sur mon téléphone : « Votre demande de pneus est disponible au point de vente G215 à Tizi Ouzou dans un délai de trois jours. »
Faut-il un arrêt de travail pour récupérer les pneus ?
Le troisième jour était une journée fériée, à l’occasion du Mawlid Ennabaoui. Il ne restait donc que deux jours pour récupérer les pneus, dans un point de vente qui n’est pas forcément connu des citoyens lambda. J’ai appelé le numéro indiqué. Ça ne sonnait pas. Pour le fixe, aucune réponse.
J’ai donc fait le chemin jusqu’au premier point de vente Naftal pour connaître l’emplacement exact de ce point de vente. Finalement, il se trouve à l’entrée ouest de la ville de Tizi Ouzou. En route pour les récupérer, il était presque 15 heures. Énorme embouteillage. J’étais contraint de revenir et de laisser cela pour le lendemain.
Sur le point de vente G215, le monde ne manquait pas. Des employés sous pression. Des clients stupéfaits de voir autant de pneus. « Est-ce que je peux en prendre autant puisqu’ils sont disponibles ? », demande un client. « Non, tu dois encore attendre six mois », lui répond un autre. Pas pour récupérer les pneus, mais pour s’inscrire.
La seule question posée par les agents : « Est-ce que tu as une carte CIB ? » Un autre client a attendu presque une heure pour apprendre qu’il s’était trompé de destination. Il devait revoir son adresse pour pouvoir récupérer sa demande, après un trajet de plusieurs heures.
Pour deux cartes grises, il faut deux boîtes e-mail
Au bureau de paiement, un climat des années d’antan, avec un matériel vieillissant et un climatiseur qui tourne sans cesse en ces journées caniculaires. Trois agents assis, un autre debout pour coordonner. Deux sièges pour les clients. Des employés épuisés par une charge intense. Toute la journée avec des chiffres, les numéros de demandes, les numéros d’immatriculation.
Un client qui a versé dans son compte trente-six mille dinars est surpris lorsqu’on lui annonce que le montant est insuffisant, à la suite du prélèvement effectué par Algérie Poste. Mais il lui reste une dernière chance. Un bureau de poste se trouve juste à côté.
Un autre client, qui possède deux fourgons pour sa boulangerie, pose la question : est-ce qu’il peut s’inscrire avec une autre carte grise ? L’agent répond : « Tu dois utiliser un autre e-mail pour avoir deux autres pneus. Avec la même boîte e-mail, ce n’est pas possible. »
Au retour, les vulgarisateurs affirment que les pneus Continental sont de très bonne qualité. Ces pneus achetés pour 22 000 DA, le professionnel déclare « Si tu veux les vendre, j’ai déjà un preneur. Cette référence est très recherchée. Elle peut être commercialisée jusqu’à 50 000 DA. Je t’offre 40 000 DA les deux si tu veux les vendre et mettre des pneus d’autres marques. »
Après une inscription sur la plateforme Naftal, est-il possible d’attendre plus de trois mois pour récupérer les pneus, avec un délai de seulement trois jours une fois le message reçu ? Sans chercher à savoir si la personne est financièrement prête ou non. Sans donner davantage de détails sur le lieu. Même pas une réponse par e-mail ou aux appels des clients.
À un moment, acheter et monter un pneu était une affaire d’une heure. Maintenant, c’est toute une démarche. Plusieurs mois d’attente. Au moins une journée sans rien faire. Et peut-être davantage, puisque chaque client doit composer avec l’adresse du point de vente où il sera envoyé.



