Selon Frontex, les passeurs se rabattent sur l’Algérie pour contourner les verrous

Les chiffres de l'agence européenne Frontex pour les cinq premiers mois de l’année 2026 confirment une tendance lourde constatée depuis plus de deux ans : le littoral algérien est devenu la plaque tournante des départs de clandestins vers l'Espagne (principalement les îles Baléares).

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507 personnes sont mortes ou ont disparu sur la route algérienne au cours des 5 premiers mois, selon Caminando fronteras

Alors que les entrées illégales chutent de 40 % sur l’ensemble de l’Europe (39 000 passages au total), la route de la Méditerranée occidentale est la seule à progresser, avec un bond de 46 % et 7 100 détections. L’explication de Frontex est claire : il s’agit d’un déplacement des réseaux de passeurs. Le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et la Gambie ont sévèrement verrouillé leurs côtes en coopération avec l’Espagne, ce qui a mécaniquement poussé les trafiquants à déporter leurs opérations vers les plages algériennes, jugées plus poreuses.

Cette pression locale cache un reflux généralisé sur le reste du continent, qui coïncide avec le lancement du nouveau Pacte sur la migration et l’asile (un système d’identification et de fichage biométrique unique désormais imposé à toutes les frontières de l’UE).

Partout ailleurs, la baisse est en effet nette : la route de Libye (Méditerranée centrale) baisse de moitié mais reste la plus fréquentée avec 11 600 arrivées. L’axe turc (Méditerranée orientale) recule de 28 % avec 11 500 passages. Enfin, la route des Canaries (Afrique de l’Ouest) s’effondre de 71 % pour tomber à 3 200 détections grâce aux contrôles mauritaniens.

1 300 morts depuis le début de l’année

Malgré la baisse globale des traversées, le coût humain reste dramatique : Frontex rappelle que près de 1 300 personnes ont déjà perdu la vie en Méditerranée depuis le début de l’année à bord d’embarcations surchargées. Cette bascule fait désormais de la route algérienne l’axe le plus meurtrier d’Espagne en proportion.

Selon un rapport alarmant de Caminando Fronteras, 507 personnes sont mortes ou ont disparu dans cette zone au cours des cinq premiers mois de 2026, soit un drame toutes les sept heures. Les tragédies y ont bondi de 54,6 % par rapport à l’année précédente, un pic historique que l’ONG impute notamment à l’absence de protocoles de secours conjoints entre l’Espagne et l’Algérie, laissant de nombreux naufrages sans aucune recherche officielle.

Virage politique et idéologique européen

Ce durcissement technique s’accompagne d’un virage politique au sein des institutions européennes. Le Parlement a récemment validé une législation controversée permettant l’externalisation des demandes d’asile et l’expulsion des demandeurs vers des pays tiers hors de l’Union européenne. Saluée par de vifs applaudissements sur les bancs de la droite et de l’extrême droite, cette loi marque une rupture idéologique majeure, les critiques et les organisations de défense des droits humains dénonçant une sous-traitance de l’asile qui fait peu de cas des conventions internationales.

Cette approche purement sécuritaire, qui vise à décourager les départs par des voies légales de plus en plus verrouillées, s’illustre déjà dans la géographie des routes actuelles. En érigeant des barrières juridiques et physiques toujours plus hermétiques, l’Europe parvient à faire baisser ses statistiques globales, mais au prix d’un déplacement constant des risques vers de nouvelles zones de transit, à l’image du corridor algérien.

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