Espagne : 1 317 migrants morts et disparus en cinq mois, dont 507 sur la route algérienne

Au moins 1 317 migrants sont morts ou portés disparus en tentant de rejoindre l’Espagne entre janvier et mai 2026. Si la route atlantique vers les Canaries demeure la plus meurtrière, c'est la route reliant l'Algérie aux côtes espagnoles qui retient aujourd'hui l'attention des observateurs : avec 507 victimes recensées en cinq mois, elle atteint un niveau jamais documenté auparavant par l'ONG espagnole Caminando Fronteras.

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Tableau des victimes des différentes routes migratoires vers l'Espagne au cours des 5 premiers mois 2026 (Caminando fronteras)

Publié le 10 juin, le rapport de l’organisation spécialisée dans le suivi des migrations aux frontières de l’Espagne dresse un bilan humain particulièrement lourd. Parmi les victimes figurent 142 femmes et 129 mineurs. Vingt-sept embarcations ont en outre disparu en mer sans laisser de survivants ni de traces de leurs passagers.

La route algérienne représente à elle seule près de quatre victimes sur dix enregistrées sur l’ensemble des routes migratoires vers l’Espagne. Avec 507 morts ou disparus, elle devient la deuxième route la plus meurtrière après celle des Canaries, qui a enregistré 635 victimes au cours de la même période. Le détroit de Gibraltar suit loin derrière avec 99 victimes, tandis que la mer d’Alboran et la frontière terrestre de Ceuta ont respectivement enregistré 28 et 48 morts ou disparus.

Hausse de 54 % du nombre de victimes sur la route Algérie-Espagne

Plus préoccupant encore, la situation de la route algérienne évolue à contre-courant de la tendance générale. Alors que le nombre total de morts et disparus recensés par Caminando Fronteras est nettement inférieur à celui enregistré durant les cinq premiers mois de 2025 — 1 317 contre 1 865 — le nombre de victimes sur la route Algérie-Espagne a progressé de 54 % sur un an, passant de 328 à 507 morts ou disparus.

L’ONG souligne également que ce corridor migratoire est devenu l’un des plus sensibles de la Méditerranée occidentale. Dans un précédent rapport consacré spécifiquement à cette route, Caminando Fronteras rappelait déjà qu’elle était la deuxième plus meurtrière de la frontière euro-africaine occidentale après la route des Canaries, tout en restant l’une des moins étudiées et des moins médiatisées.

Les côtes des Baléares, notamment Ibiza et Formentera, sont désormais devenues une destination privilégiée pour une partie importante des embarcations quittant l’Algérie. Selon plusieurs médias espagnols relayant les conclusions du rapport, de nombreux corps retrouvés ces derniers mois sur ces îles proviennent de naufrages survenus sur cette route migratoire.

Défaillances

Pour expliquer cette mortalité persistante, Caminando Fronteras pointe une série de défaillances : insuffisance des moyens de recherche et de sauvetage, retards dans le déclenchement des opérations de secours, coordination insuffisante entre les États concernés, mobilisation limitée des moyens aériens et maritimes ainsi que la précarité des embarcations utilisées par les candidats à l’exil. L’organisation estime également que l’aggravation des dispositifs de contrôle migratoire contribue indirectement à accroître les risques encourus par les migrants.

Au-delà des statistiques, le rapport met en lumière la permanence d’un phénomène qui continue de pousser des milliers de personnes à prendre la mer malgré des dangers bien documentés. Pour l’Algérie, les 507 morts ou disparus recensés en seulement cinq mois rappellent l’ampleur d’une tragédie silencieuse sur cette route migratoire, après une année 2025 déjà particulièrement meurtrière qui avait enregistré 1 037 victimes selon Caminando Fronteras. Cette évolution apparaît aujourd’hui plus inquiétante que celle de la plupart des autres routes menant vers l’Espagne.

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