Treize mois après son rappel, Romatet à Alger : «il est temps de passer à autre chose»

De retour à Alger après treize mois d'absence, l'ambassadeur de France Stéphane Romatet appelle à «passer à autre chose» et invoque la volonté des deux chefs d'État. À dix-sept mois de la présidentielle française, la fenêtre est étroite.

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L'ambassadeur de France, Stéphane Romatet, de retour à Alger, 13 mois après avoir été rappelé.

«Nous avons effectivement vécu des mois très difficiles. Il est le temps maintenant de passer à autre chose.» Stéphane Romatet a repris ses fonctions à Alger le 8 mai 2026, treize mois après son rappel à Paris. Il a accompagné Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux Anciens combattants, à Sétif, pour le 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945.

L’ambassadeur s’est exprimé en marge de la session extraordinaire du Parlement réunie au Palais des Nations, ce mardi. «Plus d’un an passé en France dans un contexte de tension forte, de crise entre la France et l’Algérie et une volonté maintenant de dépasser cette période difficile et de retrouver un chemin de dialogue et d’apaisement», a-t-il résumé. Il évoque une «volonté très forte des deux côtés, une volonté française, une volonté algérienne, de travailler d’abord à restaurer cette situation de confiance». Et de trouver «les sujets sur lesquels nous pouvons progresser dans les mois qui viennent pour faire en sorte que ces mois qui viennent soient des mois utiles pour la France et l’Algérie».

«Ce qui compte, c’est la volonté des deux États»

Romatet a anticipé les critiques. «Vous avez en France, effectivement, certains qui pensent que la France doit se distancier de l’Algérie. Peut-être certains pensent ça aussi en Algérie», a-t-il glissé. «Ce qui compte, c’est la volonté des deux États, c’est la volonté des deux chefs d’État de faire en sorte que nos deux pays retrouvent tout simplement un chemin de concorde, pas pour les gouvernements, mais pour les populations, pour les peuples.»

L’ambassadeur invoque la communauté algérienne en France, «considérable», qui «attend ces gestes». Il mentionne les «liens culturels» et les «liens d’affaires qui doivent reprendre». Pour Emmanuel Macron, ajoute-t-il, le dossier algérien constitue «un élément très important de sa politique, de retrouver un chemin avec l’Algérie. Sur tous les plans, sur le plan politique, sur le plan de la coopération dans tous les domaines, sur le plan des mobilités, sur le plan culturel et économique aussi».

Retour sur un an de rupture

Romatet avait quitté Alger le 15 avril 2025, après l’arrestation à Marne-la-Vallée d’un agent consulaire algérien soupçonné d’implication dans l’enlèvement présumé de l’influenceur Amir DZ. Douze diplomates expulsés de part et d’autre, coopération consulaire gelée. Sa participation, en mars 2025, à une enquête de «Complément d’enquête» sur France 2 dans laquelle il défendait la position française sur le Sahara occidental avait été qualifiée par Alger d’«agression contre l’État algérien».

Le retour s’inscrit dans un contexte de dégel amorcée en février par le passage à Alger de Laurent Nuñez, successeur de Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur. Cent quarante reconduites depuis le début de l’année. Les laissez-passer ont recommencé à circuler.

Cinq milliards d’exportations

La relance économique figure parmi les dossiers cités par l’ambassadeur. La Chambre algéro-française de commerce et d’industrie chiffrait en avril 2025 à cinq milliards d’euros les exportations françaises menacées par la crise. Mi-avril 2026, une délégation du Medef a été reçue par le ministère algérien de l’Industrie, premier déplacement patronal de cette ampleur depuis l’été 2024.

Romatet a énuméré les dossiers régionaux. Sahel, bassin méditerranéen, tensions énergétiques, Moyen-Orient. La crise du détroit d’Ormuz a renforcé le poids des hydrocarbures algériens dans l’approvisionnement européen depuis fin février. Le Trans-Saharan Gas Pipeline reste suspendu aux décisions de Niamey.

Mémoire, économie, Gleizes

La mémoire revient parmi les chantiers explicitement cités. Sans précisions. La loi votée en mars 2026 par le Parlement algérien criminalisant la colonisation française avait été expurgée de ses dispositions les plus sensibles, dont les exigences d’excuses officielles et de réparations.

Christophe Gleizes, journaliste sportif condamné en appel à sept ans de prison pour «apologie du terrorisme» après un reportage en Kabylie, a renoncé mardi 5 mai à son pourvoi en cassation. Romatet a indiqué qu’il accordera une «attention prioritaire» à ce dossier. Boualem Sansal, gracié par Abdelmadjid Tebboune en novembre 2025 après treize mois de détention, avait ouvert le précédent.

2027 en arrière-plan

À dix-sept mois de la présidentielle française, le Rassemblement national continue de réclamer la dénonciation des accords migratoires de 1968. Bruno Retailleau, hors du gouvernement depuis octobre 2025, candidat déclaré à la primaire de la droite, a fait de la fermeté envers Alger un axe de campagne. «Alger attend patiemment la fin du mandat d’Emmanuel Macron», confiait début mars une source diplomatique algérienne. Romatet, lui, parle de «mois utiles».

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