Une délégation algérienne au port d’Alicante… théâtre récurrent de retards et de scènes chaotiques

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Port d'Alicante, des Algériens préparent leurs véhicules chargés (Archives)

Une délégation officielle algérienne de haut niveau a été reçue au port d’Alicante, illustrant le renforcement des liens entre les deux rives. Mais sur le terrain, retards, désorganisation et tensions récurrentes continuent d’alimenter les critiques des voyageurs.

Le Port d’Alicante a accueilli, jeudi, une délégation institutionnelle algérienne conduite par Sofiane Chaib, secrétaire d’État chargé de la Communauté nationale à l’étranger, accompagné de l’ambassadeur d’Algérie en Espagne, Abdelfetah Daghmoum, et du consul d’Algérie à Alicante, Djamal Benkrourou.
Reçue par le président de l’autorité portuaire, Luis Rodríguez, la délégation a visité le terminal des ferries, point névralgique des liaisons maritimes vers plusieurs ports algériens. La signature du livre d’honneur de l’institution est venue souligner le caractère « historique » des relations entre les deux rives.
Au-delà du protocole, cette visite s’inscrit dans une volonté affichée de renforcer les flux de passagers et de marchandises, dans un contexte de reprise du trafic maritime.

Une année 2026 sous tension

Mais cette dynamique institutionnelle contraste avec une réalité bien connue de nombreux voyageurs — et documentée par plusieurs médias depuis le début de l’année 2026. Le port d’Alicante a en effet été le théâtre de tensions opérationnelles répétées sur les lignes à destination de l’Algérie. Reports de traversées pour raisons techniques ou météorologiques, accumulation de retards et engorgement du terminal ont conduit à des situations critiques, avec des centaines de passagers contraints d’attendre de longues heures, parfois plusieurs jours, à proximité des zones d’embarquement.

Dans certains cas, des familles sont restées bloquées dans leurs véhicules aux abords du quai, dans des conditions précaires, ravivant le souvenir d’épisodes similaires observés les années précédentes.
Parallèlement, les autorités espagnoles ont mené plusieurs opérations de contrôle au sein du terminal. La Guardia Civil a notamment procédé, en février 2026, au démantèlement d’un réseau impliqué dans l’exportation de véhicules volés vers l’Algérie, avec plusieurs arrestations à la clé. Ces interventions, bien que relevant du travail normal des services de sécurité, contribuent à renforcer la tension dans un espace déjà saturé.

Cette situation s’explique en partie par une forte hausse de la demande : le trafic de passagers vers l’Algérie a connu une progression significative, entraînant des phénomènes de saturation et allongeant les délais liés aux contrôles douaniers, parfois jusqu’à plusieurs heures.

Un trabendo devenu infernal

À ces difficultés s’ajoutent des pratiques bien connues sur ces lignes : transport massif de marchandises dans des conditions improvisées, cartons ouverts et reconditionnés à même le sol, accumulation de colis — autant d’éléments qui compliquent la gestion des flux et alimentent un sentiment de désordre.
À chaque période de forte affluence, ces pratiques prennent une ampleur telle qu’elles finissent par peser directement sur l’organisation des embarquements et sur l’expérience des voyageurs.

Autre élément souvent relevé : la localisation du terminal ferry lui-même. Situé dans une zone portuaire à l’écart des espaces urbains, il est perçu par certains voyageurs comme un lieu à part.
Officiellement, cette organisation répond à des contraintes logistiques et sécuritaires liées à la nature de ces liaisons, qui combinent transport de passagers, véhicules et marchandises. Mais pour de nombreux usagers, cette configuration se traduit concrètement par une expérience distincte, parfois vécue comme une forme de mise à distance.

Le renforcement de la coopération entre Alicante et ses partenaires algériens peut-il réellement améliorer l’expérience des passagers ? Si les efforts engagés — modernisation des infrastructures, meilleure organisation, adaptation aux dispositifs européens comme le Entry/Exit System (EES) — peuvent contribuer à fluidifier une partie des opérations, ils ne suffiront probablement pas à eux seuls à corriger les dysfonctionnements observés.

Une amélioration durable suppose aussi une meilleure régularité des rotations maritimes, ainsi qu’une régulation plus stricte des pratiques informelles. Entre ambitions institutionnelles et réalité des traversées, les liaisons maritimes entre Alicante et l’Algérie continuent ainsi de révéler un décalage persistant, où la modernisation des infrastructures ne suffit pas encore à transformer l’expérience des passagers.

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