Quatorze jours après la première livraison directe de gaz naturel liquéfié algérien au terminal de Wilhelmshaven, Abdelmadjid Tebboune était reçu jeudi 16 juillet à la Chancellerie fédérale. Devant la presse, aux côtés de Friedrich Merz, le président algérien n’a rien laissé paraître d’autre qu’une entente parfaite. « Depuis notre indépendance en 1962 jusqu’à aujourd’hui, nos relations avec l’Allemagne sont fortes, bonnes, et ne se sont jamais interrompues », a-t-il assuré, avant d’évoquer un « tournant qualitatif » pour l’économie algérienne. Pour la première fois, selon lui, l’Allemagne se tourne vers Alger pour son approvisionnement énergétique, « le gaz en particulier ».
Invité à Berlin par son homologue Frank-Walter Steinmeier, le chef de l’État algérien s’est posé en partenaire sûr. L’Algérie serait, pour l’Europe entière, « un fournisseur fiable, qui ne manque jamais à son devoir » en Méditerranée. Il a aussi cité un corridor à venir pour l’hydrogène, auquel pourraient s’ajouter d’autres flux, électricité et renouvelables. « Nous sommes heureux de cette décision prise par l’Allemagne, et nous nous y sommes engagés ensemble », a poursuivi Tebboune, qui a rappelé les chantiers « réalisés en Algérie par des mains allemandes » et une présence d’entreprises d’outre-Rhin qui s’étoffe presque chaque année.
« Ouvrir une nouvelle page »
Un chiffre est venu appuyer le propos. Près de 900 millions de dollars de projets portés par des sociétés allemandes seraient actuellement déposés auprès du guichet unique créé par Alger pour faciliter l’investissement étranger.
Côté allemand, même tonalité. « J’ai dit à Son Excellence le président que l’Allemagne porte un grand intérêt aux relations économiques avec l’Algérie et veut ouvrir une nouvelle page », a répondu Friedrich Merz à une question de la télévision publique algérienne. Le chancelier a énuméré les dossiers abordés en tête-à-tête, les mines, l’automobile, l’investissement dans l’armement, et surtout l’énergie. Berlin mise sur le corridor sud de l’hydrogène, projet d’acheminement lancé avec l’Italie et l’Algérie. « Nous avons inauguré ce projet en coopération avec l’Italie et nous irons de l’avant dans les mois qui viennent, car il compte pour nos deux pays et nous voulons y travailler de manière durable », a détaillé Merz. Une déclaration d’intention commune entre Berlin et Alger doit en préciser le volet dit stratégique, que le ministre fédéral compétent exposera.
Sur la coopération sécuritaire, Tebboune s’en est tenu à quelques mots. Le sujet a été traité « en détail » à huis clos, a-t-il indiqué, et « il n’y a rien à signaler, tout va bien avec l’État allemand ami ».
« Je ne répondrai qu’en Algérie »
Le seul accroc est venu d’une question française. Interrogé sur les appels à la grâce en faveur de Christophe Gleizes, journaliste sportif français condamné en juin 2025 à sept ans de prison par la justice algérienne, Tebboune a refusé de répondre. « Par respect pour la justice algérienne, je ne répondrai à cette question qu’en Algérie. Je ne suis pas en Algérie, je ne répondrai pas », a-t-il tranché, alors que la question lui était reposée. Le nom de Gleizes est resté sans réponse. Depuis l’arrêt de la Cour suprême du 25 mai, qui a rendu la condamnation définitive, le reporter est pourtant pleinement graciable.
Le rapprochement entre Alger et Berlin accompagne le dégel amorcé entre l’Algérie et la France, matérialisé le 8 mai par le retour à Alger de l’ambassadeur Stéphane Romatet, rappelé en avril 2025 au plus fort de la crise. L’Élysée avait alors précisé que le diplomate travaillerait avec « une attention prioritaire » au retour en France du reporter, dont la condamnation avait été vivement regrettée par le Quai d’Orsay au moment de l’appel. Deux mois plus tard, le dossier Gleizes reste le principal caillou dans la chaussure d’une normalisation encore fragile. Pressé de dire s’il pesait sur le couple franco-allemand, Merz a évité le fond. Les relations avec Paris sont « très bonnes » et Berlin entend les approfondir, s’est-il borné à répondre, sans un mot sur le journaliste.
Le chancelier a tout de même donné une indication de calendrier. « Nous avons entamé les discussions et nous les poursuivrons », a-t-il ajouté, précisant qu’il s’entretiendrait dès le lendemain avec la France « des questions stratégiques ».



