Accord UE-Tunisie : 6 ONG dénoncent la dérive sécuritaire

Mecipsa Amokrane
3 min de lecture
Migrations en Tunisie

Six organisations de défense des droits humains ont appelé l’Union européenne à réexaminer son partenariat migratoire avec la Tunisie, estimant que celui-ci contribue à des violations répétées des droits des migrants et des demandeurs d’asile. Elles demandent notamment à Bruxelles de conditionner son soutien financier au respect des droits fondamentaux et de renforcer les mécanismes de contrôle de l’utilisation des fonds européens.

Dans une déclaration relayée par plusieurs médias, les ONG jugent que l’accord conclu en 2023 entre l’Union européenne et Tunis, destiné à freiner les départs de migrants vers les côtes européennes, privilégie les objectifs de contrôle des frontières au détriment de la protection des personnes en exil.

Les organisations dénoncent des arrestations arbitraires, des expulsions collectives et des refoulements vers les zones frontalières avec la Libye et l’Algérie, où des migrants ont été abandonnés dans des conditions dénoncées à plusieurs reprises par les organisations internationales de défense des droits humains. Elles estiment que l’Union européenne ne peut ignorer les conséquences de sa coopération sécuritaire avec les autorités tunisiennes.

Cette nouvelle interpellation intervient dans un contexte de critiques récurrentes visant la politique migratoire tunisienne. Depuis 2023, plusieurs ONG, ainsi que des agences des Nations unies, documentent des violences contre les migrants originaires d’Afrique subsaharienne, notamment des expulsions vers les zones désertiques, des démantèlements de campements et des restrictions imposées aux organisations humanitaires.

La situation s’était particulièrement tendue après le discours prononcé en février 2023 par le président Kaïs Saïed, dans lequel il avait dénoncé l’arrivée de migrants subsahariens comme relevant d’un supposé « plan criminel » visant à modifier la composition démographique de la Tunisie. Ces déclarations avaient été largement condamnées par les organisations de défense des droits humains, qui avaient dénoncé une rhétorique à caractère raciste ayant favorisé une recrudescence des violences et des discriminations contre les migrants.

Malgré ces critiques, l’Union européenne continue de considérer la Tunisie comme un partenaire stratégique dans la réduction des traversées irrégulières en Méditerranée centrale. Ce partenariat fait toutefois l’objet d’un examen croissant, plusieurs institutions européennes ayant déjà mis en cause le manque d’évaluation des risques pour les droits humains lors de la mise en œuvre de l’accord migratoire avec Tunis.

ÉTIQUETTES :
Partager cet article