Algérie : avis de tempête sur les prix de l’emballage alimentaire importé

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Alors que les marchés énergétiques mondiaux ont les yeux rivés sur les cours du baril de brut et sur celui du gaz, une menace plus insidieuse commence a planer sur le panier de la ménagère algérienne : l’asphyxie de la filière plasturgie. La fermeture prolongée du détroit d’Hormuz, véritable artère jugulaire de la pétrochimie mondiale, ne se contente pas de raréfier le brut ; elle bloque à la source les granulés de polymères essentiels à l’industrie de l’emballage. Pour l’Algérie, le choc est dans le pipe et l’inflation importée s’annonce significative .

Hormuz : le “lac” fermé et l’envolée des polymères

Depuis la mise sous séquestre de fait du détroit d’Hormuz, les géants pétrochimiques saoudiens, qataris et émiriens — principaux fournisseurs de l’Afrique du Nord — sont dans l’incapacité d’exporter leurs résines. Au début d’avril 2026, le prix de la tonne de PET (Polyéthylène Téréphtalate) a déjà bondi de 60 %, s’échangeant désormais autour de 1 850 $. Si ce blocus devait durer trois mois, les professionnels de la filière redoutent une bascule dans l’hyper-inflation : le PET pourrait franchir le seuil irrationnel des 3 000 $/t, soit un triplement par rapport à 2025. Pire que  la crise de 2022 avec la dégradation en  mer noire , Hormuz est une impasse géographique. Le tarissement physique de l’offre mondiale crée une prime de rareté que les transformateurs algériens, déjà fragiles en trésorerie, ne pourront absorber longtemps.

Le coût de la pétrochimie incomplète

Si l’Algérie risque de subir de plein fouet cette crise, c’est parce que son tissu industriel reste une “économie de transformation” à l’amont fragile. Le secteur de l’agroalimentaire, des eaux minérales aux huiles de table, dépend quasi exclusivement de l’importation de granulés plastiques. Cette vulnérabilité structurelle est le fruit d’un retard historique : durant les décennies Bouteflika, la stratégie de “tout-export” de gaz brut a pris le pas sur la valorisation pétrochimique. La mise à jour vers les polymères complexes (PET, PVC, PEHD) a été délaissée au profit de projets gaziers à valorisation  immédiate. Résultat : du sac poubelle à la bouteille de boisson gazeuse, chaque emballage consommé en Algérie contient une part de valeur ajoutée étrangère indexée sur la géopolitique du Golfe. L’industrie locale se retrouve aujourd’hui à acheter au prix fort des dérivés de pétrole qu’elle produit pourtant en amont.

L’étau se resserre sur l’industriel et le consommateur

Pour les champions nationaux de l’agroalimentaire, l’équation pourrait vite devenir intenable. Dans une bouteille d’eau minérale ou d’huile, l’emballage peut représenter jusqu’à 25 % du prix de revient. Avec un PET à +60 %, le coût de production mécanique grimpe instantanément de 10 à 15 %. Face à un pouvoir d’achat déjà érodé, la capacité des entreprises à ne pas répercuter cette hausse est limitée. Si les grands groupes peuvent lisser les prix pendant quelques semaines en rognant sur leurs marges, les petites unités de transformation risquent le dépôt de bilan. La rigidité bureaucratique des importations imposée aux entreprises ne permet plus, avec le programme prévisionnel semestriel l’agilité opérationnelle qui peut amortir le choc du renchérissement. Le scénario d’une hausse en rayon de 10 à 20 DA pour, par exemple, unité de bouteille de un litre d’ici l’été est désormais possible si la fermeture du détroit perdurait.

L’espoir réside pourtant dans l’accélération forcée du plan d’investissement de Sonatrach. Le complexe de polypropylène d’Arzew et le futur craqueur d’éthane de Skikda sont les fers de lance d’une souveraineté plastique retrouvée. Mais en attendant que ces investissements massifs ne saturent le marché local à l’horizon 2028, l’Algérie devra naviguer à vue dans cette tempête de prix, payant cash le prix de ses retards industriels passés.

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