La juge d’instruction María Tardón, qui dirige le Tribunal central d’instruction Juzgado n°3 de l’Audience nationale espagnole, a notifié à trois employés du consulat général d’Espagne à Alger leur mise en cause dans le dossier de trafic présumé de visas Schengen, rapporte le quotidien espagnol The Objective, citant des sources judiciaires. L’information n’a pas pour l’instant été confirmée par le ministère espagnol des Affaires étrangères.
Selon cette même source, les trois personnes concernées sont M.B, actuelle secrétaire du consul général Gauden Villas, ainsi que deux agents administratifs chargés de la gestion des visas, H.M et L. D. Tous les trois sont des employés locaux de nationalité algérienne, la secrétaire du consul aurait par ailleurs obtenu la nationalité espagnole depuis plusieurs années, précise The Objective, qui indique avoir tenté sans succès de recueillir leurs réactions ainsi que celle d’un porte-parole du ministère espagnol. Les trois employés continueraient d’exercer leurs fonctions au consulat.
Six personnes désormais visées par l’enquête
Ces mises en cause s’ajoutent à celles prononcées fin avril contre l’ancien chancelier du consulat, Vicente Moreno, et l’employé local Mohamed Boutouchent, arrêtés à cette date en Espagne, ainsi que l’épouse de Moreno, également de nationalité algérienne. Six personnes sont donc formellement visées par la procédure de l’Audience nationale à ce stade, toujours selon The Objective.
L’enquête, note le journal, aurait été ouverte « à la suite de communications officielles » émanant de l’ambassade d’Espagne en Algérie, en particulier du service de la Conseillère de l’Intérieur, qui aurait alerté sur l’existence d’un réseau organisé autour de la délivrance frauduleuse de visas de l’espace Schengen. Des entrepreneurs espagnols avaient par ailleurs signalé par écrit, en 2025, un refus systématique de visas de travail à des ressortissants algériens par le consulat général d’Alger, un signalement que l’enquête relie a posteriori à l’existence supposée du réseau.
Les personnes visées sont soupçonnées, selon les éléments cités par The Objective, de blanchiment de capitaux, d’atteinte aux droits des étrangers, de faux en écriture publique, de trafic d’influence et d’appartenance à une organisation criminelle. Les paiements exigés des familles demanderesses auraient atteint, selon des sources policières citées par le journal en avril, jusqu’à 25 000 euros par dossier, réglés en espèces et redistribués via un réseau de collecteurs intermédiaires avant d’être réinjectés en Espagne, notamment par l’achat de véhicules.
La société indienne BLS également visée
Le dossier s’est étendu depuis août à BLS, l’entreprise indienne sous contrat avec le ministère espagnol des Affaires étrangères pour la gestion des rendez-vous consulaires liés aux demandes de visa. D’après The Objective, l’instruction évoque la participation d’« entreprises collaboratrices » dont le personnel aurait facilité la constitution de dossiers moyennant rémunération, en sélectionnant les familles ayant effectué les paiements demandés au réseau.
Une inspection annoncée pour le 20 septembre
Le ministère dirigé par José Manuel Albares a décidé de dépêcher une mission d’inspection au consulat d’Alger, pour une durée d’une semaine, afin d’examiner le fonctionnement du poste et d’auditionner le personnel local, selon des sources diplomatiques citées par The Objective. L’équipe d’inspecteurs est attendue à Alger le 20 septembre. L’affaire avait déjà suscité, en avril, un climat de « malaise perceptible » au sein du ministère espagnol des Affaires étrangères, selon The Objective.
L’opération policière à l’origine des premières arrestations, menée en avril par l’Unité de délinquance économique et fiscale (UDEF), l’unité centrale chargée des réseaux d’immigration illégale et des faux documents (UCRIF) et la direction adjointe de la surveillance douanière, avait donné lieu à deux perquisitions à Sagunto (Valence) et Torrevieja (Alicante), avec saisie de 10 890 euros en espèces, quatre téléphones, deux ordinateurs portables et dix-sept clés USB. Un bien immobilier à Madrid et plusieurs produits financiers avaient également été bloqués.
Après sa remise en liberté sous contrôle judiciaire (retrait de passeport, interdiction de sortie du territoire, pointage policier bimensuel), l’ex-chancelier Vicente Moreno a été réintégré dans les services centraux du ministère espagnol, à la sous-direction générale des Affaires patrimoniales, chargée de la gestion du parc immobilier du département.


