Par la rédaction ME
En 16 ans d’existence, Maghreb Émergent ne s’en est jamais pris nommément à un confrère. Il y a un début à tout. Peut-être pas d’ailleurs. Car le « média » que nous dénonçons publiquement aujourd’hui n’est en vérité plus un confrère depuis fort longtemps.
Algérie Focus détourne désormais les URL des articles de Maghreb Émergent. Les lecteurs cliquent sur nos liens et se retrouvent, à leur insu, à lire nos contenus sur la plateforme d’Algérie Focus.

Techniquement, le média en ligne, dont l’adresse d’hébergement est localisée en France, a délibérément mis en place une technique de manipulation SEO — connue sous le nom de canonical tag hijacking. Cette manipulation a pour effet direct de détourner vers votre site le trafic organique qui nous revient de droit.
Le pillage a franchi un nouveau cap, nous obligeant à nous défendre, à engager les poursuites juridiques qui s’imposent, mais aussi à en faire part à l’opinion. Car il ne s’agit pas d’une dérive récente. Le détournement d’URL est le dernier stade dans l’escalade des pratiques délinquantes d’Algérie Focus. Le vol de contenu est une pratique malheureusement ordinaire dans les mœurs de la presse électronique algérienne.

Maghreb Émergent, site d’information spécialisé particulièrement prisé par les chapardeurs, a, ces dernières années, rappelé à l’ordre et sans publicité plus d’une fois des agrégateurs peu scrupuleux avec la propriété intellectuelle. Aujourd’hui, la dérive prend des allures mafieuses. Nous avons décidé d’y mettre le holà.
Du vol de clics au hacking financier
Nous avons découvert il y a un an un script caché dans notre importante base de données, qui détournait les revenus Google Ads de Maghreb Émergent au profit d’un compte apparenté à Algérie Focus. Le procédé s’est renouvelé plusieurs fois par différentes portes d’entrée. Notre équipe IT a traqué la source de ce hacking et a identifié sur les réseaux sociaux le pseudonyme du pirate, qui réside et travaille à Paris.
L’hypothèse d’un acte isolé d’un hacker détournant les codes d’accès d’Algérie Focus pour masquer, à des fins personnelles, son vol de revenus n’était pas écartée au début. Le site aurait pu, dans ce cas, être lui aussi une victime. La plainte en justice avait alors été différée pour permettre d’identifier civilement l’individu et d’établir son lien institutionnel avec la plateforme.
Le procédé utilisé récemment pour détourner les URL de nos articles les plus rémunérateurs chez Google, directement au profit d’Algérie Focus, est subitement venu apporter une matérialité factuelle à la filiation institutionnelle de ce cybercrime. Algérie Focus est tombé dans la cyberdélinquance et nos lecteurs doivent le savoir, même si l’enjeu d’audience reste marginal tant ce média d’avant a cessé d’en être un.
Grandeur et décadence d’un pure player précoce
Pour comprendre cette faillite morale, il faut revenir sur l’histoire d’un pionnier. Lancé en 2008 par le journaliste Fayçal Anseur, Algérie Focus s’était initialement imposé dans le paysage médiatique grâce à sa rigueur professionnelle et son ton participatif novateur. Cependant, les premières « tensions » éditoriales sont apparus sous la houlette d’Abdou Semmar, dont l’utilisation des « investigations de presse » commençait à faire débat. Ses méthodes controversées ont fini par hâter le départ du propriétaire de l’époque, le serial entrepreneur Kamel Haddar.
Après plusieurs années de reconfigurations d’actionnariat opaques et le départ de ses signatures journal, le journal a sombré dans un véritable no man’s land managérial. Aujourd’hui, le site n’est plus qu’une coquille vide : aucun responsable éditorial n’est visible, joignable ou identifiable. Derrière la vitrine numérique, managée depuis Paris, ne subsiste qu’une structure fantôme exploitée à des fins purement mercantiles.
L’IA et le piratage comme béquilles de la misère éditoriale
Cette descente aux enfers illustre de manière glauque la crise structurelle profonde des médias électroniques en Algérie. Face à l’assèchement des revenus publicitaires et au durcissement du climat réglementaire, la presse en ligne peine à assumer les coûts réels d’une véritable rédaction et d’un travail de terrain. Comme viens de le révéler une enquête sans concession publiée par nos confrères de TSA, de nombreux sites algériens recourent désormais de manière systématique et industrielle à la génération d’articles par Intelligence Artificielle pour survivre à moindre frais. Mais là où d’autres se contentent d’une automatisation paresseuse, Algérie Focus a franchi la ligne rouge de la légalité.
N’ayant plus les moyens humains de produire, ni même le lectorat pour attirer les annonceurs, l’ex-pure player a transformé l’IA en outil de blanchiment de contenu et le hacking en modèle économique. En s’en prenant directement aux infrastructures de Maghreb Émergent, Algérie Focus a dépassé toutes les limites déontologiques. Ce n’est plus une crise de croissance, c’est une affaire de justice.

