L’annonce ce début d’après-midi par l’ANIE des résultats des élections législatives du 02 juillet dernier a comporté une information choquante. Pas plus de 23 femmes seulement ont été élues à l’assemblée nationale composée de 407 députés. Il s’agit de la proportion la plus faible depuis la tentative de promouvoir la présence des femmes dans les assemblées élues avec l’introduction en 2012 d’une obligation de quota de 30% de femmes candidates sur les listes engagées.
Cette proportion, à peine supérieure à 5%, ramène l’APN dix neuf ans en arrière, avant même le « sursaut » suscité par la révision constitutionnelle de 2008 et la loi organique de 2012, qui avaient porté la part des femmes à plus de 31% des sièges.
Une courbe de reflux amorcée en 2021
Le déclin n’est pas nouveau. De 31,6% en 2012, la représentation féminine était déjà retombée à environ 25% en 2017, avant de chuter à 8,1% en 2021, soit 33 élues seulement. Deux aménagements introduits par la nouvelle loi électorale de mars 2021 expliquent en grande partie cet effondrement continu.
Le premier autorise l’électeur à cocher, au sein d’une liste, le nom du ou des candidats qu’il souhaite privilégier, contournant ainsi l’ordre initial établi par les partis et pénalisant les candidates généralement reléguées en position non-éligible. Le second permet à un parti ou une liste indépendante de solliciter auprès de l’ANIE une dérogation pour présenter moins de 30% de femmes, vidant de sa substance l’obligation de représentation minimale. Combinés, ces deux mécanismes ont offert aux appareils partisans les moyens légaux de contourner l’esprit du quota sans jamais l’abroger formellement.
Une contre-offensive patriarcale
L’Algérie, longtemps citée en exemple dans le monde arabe pour sa représentation parlementaire féminine, glisse ainsi vers le bas des classements régionaux qu’établit périodiquement l’Union interparlementaire arabe. Ce recul illustre, plus qu’un simple ajustement technique, la capacité d’une résistance conservatrice à neutraliser, par petites touches réglementaires, un acquis politique arraché sous la pression du printemps arabe.
Le quota de 2012, décidé par Abdelaziz Bouteflika pour désamorcer la contestation régionale, n’a jamais été assumé comme une conversion durable à l’égalité politique. Quatorze ans plus tard, les mêmes forces qui l’avaient toléré par nécessité conjoncturelle en ont méthodiquement défait les effets, transformant la présence des femmes sur les listes en simple façade réglementaire.


