Algérie : le gouvernement encadre le recours aux travailleurs étrangers, dix ans après le pic des 92 000 permis

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En 2016, l’Algérie délivrait 92 000 permis de travail à des ressortissants étrangers. Six ans plus tard, ce chiffre était retombé à 20 000, selon une étude publiée sur le portail académique ASJP à partir de données administratives du ministère du Travail. C’est sur ce fond de volatilité mal documentée que le premier ministre Sifi Guerieb a présidé, ce mardi 21 avril, un conseil du gouvernement qui a mis à l’ordre du jour deux textes aux portées très différentes : un décret sur la prise en charge des surcoûts de l’assurance maladie, et un exposé, sans suite législative annoncée, sur la place de la main-d’œuvre étrangère dans l’économie nationale.

Un mécanisme pour équilibrer les charges de la Sécurité sociale

Le premier texte examiné porte sur les modalités selon lesquelles l’État prendra en charge le différentiel de coûts lié à la revalorisation du taux de remboursement des prestations en nature de l’assurance maladie pour certaines catégories d’assurés sociaux. Le principe retenu consiste à faire intervenir directement le Trésor public pour couvrir l’écart entre le taux de droit commun et celui accordé aux catégories visées, évitant ainsi que la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) n’en supporte seul le surcoût.

Le texte répond à une nécessité de clarification budgétaire dans la ventilation des charges entre l’État et les organismes de Sécurité sociale. Le déficit public algérien a atteint 13,9 % du PIB en 2024 selon le Fonds monétaire international, en raison de la baisse des recettes d’hydrocarbures et de la hausse des salaires et des dépenses d’investissement. Dans ce contexte de pression sur les finances publiques, la transparence dans la ventilation des charges entre le Trésor et les caisses sociales prend une dimension qui dépasse le simple aménagement technique.

« Développer davantage les compétences nationales »

Le second point de l’ordre du jour a donné lieu à un exposé sur l’emploi de la main-d’œuvre étrangère en Algérie. La présentation a passé en revue l’arsenal juridique encadrant le recours aux travailleurs non-résidents, notamment au regard de la Convention n° 97 de l’OIT de 1949, relative aux travailleurs migrants, qui consécre le principe d’égalité de traitement entre salariés nationaux et étrangers. La loi n° 81-10 du 11 juillet 1981, toujours en vigueur, soumet tout étranger exerçant une activité salariée en Algérie à l’obtention préalable d’un permis de travail, d’une durée maximale de deux ans renouvelable.

Les données disponibles illustrent l’ampleur des fluctuations de ce segment du marché du travail. Le nombre de permis délivrés est passé d’environ 1 000 en 2000 à un pic de 92 000 en 2016, avant de chuter à quelque 20 000 en 2022, selon une étude publiée sur le portail ASJP à partir des données administratives du MTESS. La concentration géographique est frappante : la moitié de ces travailleurs se trouve dans trois wilayas, Alger, Oran et Constantine. Les ressortissants arabes dominent ce contingent, les Syriens représentant 31,6 % des personnes physiques étrangères enregistrées au registre du commerce, devant les Tunisiens (25,4 %) et les Marocains (14,3 %).

L’exposé a mis en lumière la tension entre deux impératifs qui structurent le débat depuis plusieurs années. D’un côté, les grands projets d’investissement mobilisés dans le cadre de la stratégie de diversification économique requièrent des profils techniques et managériaux que le marché local ne couvre pas toujours. Le seul secteur des hydrocarbures emploie environ 139 000 personnes et mobilisait 23,3 milliards de dollars d’investissements prévus pour 2025, selon les délégués commerciaux du gouvernement canadien. De l’autre, le gouvernement souligne la nécessité de « développer davantage les compétences nationales » pour réduire cette dépendance à terme.

La présentation n’a pas débouché sur l’annonce d’un nouveau texte réglementaire. Elle s’apparente davantage à un cadrage politique, à un moment où plusieurs grands marchés de travaux publics et d’ingénierie industrielle attendent leurs maîtres d’œuvre. Les données sectorielles sur la croissance du BTP en 2024 restent à ce stade non consolidées par l’ONS. Les suites législatives, si elles viennent, restent à préciser.

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