Les États-Unis ne garantissent plus la sécurité de l’Europe de manière automatique. C’est le sens de la nouvelle stratégie de sécurité américaine publiée en 2026 : Washington déplace son argent et ses forces vers l’Indo-Pacifique, et range le reste du monde, Europe comprise, dans une catégorie de soutien « plus limité ». Pour Omar Berkouk, expert financier indépendant, il ne s’agit pas d’un déclin de la puissance européenne, mais de la fin d’un filet de sécurité que Bruxelles considérait comme acquis. L’Union européenne a réagi en signant huit accords de sécurité et de défense en un an, dont plusieurs avec des pays d’Asie comme le Japon et la Corée du Sud.
L’Europe veut éviter de changer une dépendance contre une autre
Ce mouvement de diversification ne touche pas que la défense. Il concerne aussi le gaz. L’Union européenne veut sortir de sa dépendance au gaz russe d’ici fin 2027, un objectif confirmé dans le cadre du plan RePowerEU. Mais elle s’inquiète aussi de se retrouver trop dépendante des livraisons américaines de gaz naturel liquéfié, qui représentaient déjà 60 % de ses importations de GNL fin 2025, contre 24 % en 2021. Le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, l’a dit lui-même : l’Europe ne veut pas « remplacer une dépendance par une autre ».
L’Algérie prend du poids, sans obtenir de levier politique équivalent
C’est dans ce contexte que l’Algérie gagne du terrain. Le 12 février 2026, Jørgensen s’est rendu à Alger pour la sixième réunion du dialogue énergétique de haut niveau entre l’Algérie et l’Union européenne, aux côtés des ministres algériens Mohamed Arkab et Mourad Adjal. Les deux parties ont affirmé vouloir renforcer leur coopération sur le gaz. L’Algérie était déjà, fin 2025, le troisième fournisseur de GNL de l’Union européenne. Son gaz couvre aujourd’hui près de 30 % des importations italiennes et environ 29 % des importations espagnoles, selon des données citées par Bernama. Le GNL algérien bénéficie en plus d’une exemption sur les nouvelles règles européennes de traçabilité imposées à d’autres fournisseurs, comme l’a rapporté Connaissance des énergies.
Cette place grandissante sur le marché gazier ne donne pas pour autant à l’Algérie un poids politique comparable à celui d’autres puissances régionales. Pour Berkouk, l’Inde négocie sa place dans les équilibres mondiaux depuis une position de force, portée par son poids démographique et militaire, tout en refusant tout alignement exclusif avec un camp ou un autre. L’Algérie dispose d’un autre type de levier : un produit dont l’Europe a besoin, dans un marché où elle doit aussi compter avec le Qatar, le Canada, et des concurrents africains comme le Nigeria et la Libye qui visent la même clientèle. Le rapport de force reste donc d’abord commercial, ce qui limite la capacité d’Alger à transformer ces échanges en concessions politiques.
Cet épisode confirme malgré tout une habitude de la diplomatie algérienne : sans faire partie des BRICS, dont elle a abandonné la candidature après le refus de 2023, l’Algérie continue de peser sur ses partenaires occidentaux par d’autres moyens, à commencer par l’énergie.



