Fin mars, les frappes iraniennes sur les fonderies d’Emirates Global Aluminium aux Émirats arabes unis et d’Aluminium Bahrain à Manama ont retiré plusieurs millions de tonnes de capacité du marché mondial. Pour l’Algérie, le bilan initial était plutôt positif : le Sahara Blend au-dessus des 82 dollars, les exportations de GNL en hausse et Sonatrach repositionnée comme fournisseur de substitution pour l’Europe. Seul point noir dans le tableau , l’aluminium n’entrait pas dans le calcul.
Trois mois plus tard, le cours a progressé de 47,9 % sur un an pour atteindre 3 667 dollars la tonne. On table déjà sur 4 000 dollars au troisième trimestre, un niveau qui dépasserait le record absolu de 3 838 dollars établi en 2022 après l’invasion russe de l’Ukraine. L’Algérie, qui n’exploite aucune fonderie d’aluminium primaire et importe la quasi-totalité de ses besoins, absorbe cette flambée sans filet.
Un partenariat avec un producteur de bauxite africain
Le complexe d’Al-Taweelah d’EGA, aux Émirats arabes unis, ne retrouvera pas sa pleine capacité avant un an minimum après la fin des hostilités. L’usine d’Alba, au Bahreïn, a fermé trois lignes de production en invoquant un cas de force majeure, la fermeture du détroit d’Ormuz perturbant ses exportations et ses approvisionnements en alumine. À Qatalum, au Qatar, les attaques iraniennes contre les installations de gaz naturel ont forcé un arrêt progressif faute d’énergie. Au total, la perte de capacité dans le Golfe est estimée entre 2,5 et 3 millions de tonnes sur une production mondiale d’environ 70 millions de tonnes annuelles, près de 4 % de l’offre globale.
Pour l’Algérie, le problème n’est pas celui d’un producteur sinistré, mais d’un importateur exposé. Le pays ne dispose d’aucune fonderie d’aluminium primaire. Ses industriels du bâtiment, de la menuiserie et de l’emballage s’approvisionnent à l’étranger en aluminium brut ou semi-transformé. La fermeture d’Ormuz a déjà mis en difficulté la filière plastique et emballage, contrainte à une hausse des prix des matières premières et à des tensions d’approvisionnement. L’aluminium suit le même chemin, avec une pression supplémentaire : ses cours ne baisseront pas avant que les fonderies sinistrées soient reconstruites, un chantier de un à plusieurs années.
Les projets de remédiation existent sur le papier depuis longtemps. En mai 2024, l’ancien ministre de l’Industrie Ali Aoun avait annoncé devant le Conseil de la Nation qu’un partenariat entre le holding public Imetal, des opérateurs privés et un producteur africain de bauxite permettrait de construire une industrie nationale de l’aluminium. L’annonce n’a pas eu de suite industrielle. Aoun a depuis été condamné à cinq ans de prison ferme dans l’affaire de corruption du groupe Imetal, dont les filiales accusaient des arrêts répétés de production bien avant la crise du Golfe.
Une dépendance structurelle que la rente gazière ne compense pas
Ce qui existe aujourd’hui, c’est un tissu de transformation secondaire sans amont industriel propre. Des unités de profilés aluminium tournent à M’Sila, et Elsewedy Electric produit 30 000 tonnes de câbles cuivre et aluminium par an à Aïn Defla, dans une usine implantée depuis 2008. Toutes ces installations dépendent d’aluminium importé, qu’il s’agisse de lingots, de billettes ou de plaques. Les 36 000 entreprises productrices créées entre 2020 et 2025 dans les secteurs du bâtiment, du plastique et de l’emballage obéissent au même schéma : une industrie de transformation sans production primaire.
La rente énergétique ne compense pas cette asymétrie. Les exportations algériennes de GNL ont atteint 1,04 million de tonnes en mai 2026, au plus haut depuis octobre 2025, mais la valeur ajoutée industrielle ne s’accumule pas localement sur les métaux.
L’Algérie dispose pourtant de l’énergie nécessaire pour alimenter une fonderie. La production d’aluminium primaire consomme entre 13 et 15 mégawattheures par tonne. Les pays du Golfe ont construit leurs fonderies précisément parce qu’ils disposaient d’un gaz bon marché pour produire l’électricité requise. L’Algérie, avec son réseau gazier et ses projets d’énergies renouvelables dans le Sahara, réunit ces conditions sur le papier, mais ne les a pas converties en capacité industrielle.


