« L’année 2025 marque un tournant ténébreux pour l’humanité. » D’emblée, Hassina Oussedik, directrice de la section Algérie d’Amnesty International, a donné une tonalité solennelle à la hauteur des drames qui se jouent dans le monde, lors de la présentation du rapport annuel ce mardi à Alger. Entourée de Fares Bedhouche, président, et de Sonia Boulesnam, coordinatrice des campagnes, elle a dressé un constat anxiogène d’un monde basculant dans une « ère dangereuse ».
Le système multilatéral, édifié sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale pour garantir la paix et l’égalité, subit des assauts d’une violence inédite. « Ce n’est plus seulement un recul des droits humains auquel nous assistons, mais une tentative délibérée de démantèlement de l’ordre international par des acteurs prédateurs. » Portée par une politique de « deux poids, deux mesures » et un usage sélectif du droit, cette faillite de la justice mondiale menace la sécurité collective. Fait marquant dans la tradition des rapports annuels d’Amnesty International, l’organisation appelle, face à cette déliquescence, à une « résistance globale » contre les dirigeants qui cherchent à instaurer un ordre unique « marqué par le racisme et le patriarcat ».
Un droit international piétiné par les puissances
Le rapport dénonce avec vigueur la manière dont les conflits actuels servent de laboratoire à l’impunité. L’année 2025 a été le théâtre de la poursuite du génocide à Gaza, mené par Israël au mépris des cessez-le-feu et du droit humanitaire. Parallèlement, l’escalade des crimes contre l’humanité en Ukraine par la Russie, impliquant tortures et disparitions forcées, témoigne d’une stratégie de conquête sans limite.
L’agression américaine contre le Venezuela début 2026, suivie d’attaques conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, a encore fragilisé un Moyen-Orient où plus d’une douzaine de pays sont désormais entraînés dans une spirale de violence. En Afrique et en Asie, la situation n’est guère plus reluisante : les Émirats arabes unis alimentent le conflit au Soudan, tandis qu’en RDC, le groupe M23, soutenu par le Rwanda, multiplie les exécutions de civils.
Ces guerres illégales ne sont pas des accidents, mais le résultat d’une volonté de domination fondée sur des intérêts économiques et stratégiques.
L’offensive autoritaire et la criminalisation de la dissidence
Au-delà des champs de bataille, l’effondrement des droits humains se traduit par une multiplication des pratiques autoritaires, y compris au sein des États dits démocratiques. Amnesty International pointe une répression systémique visant les populations les plus vulnérables.
Aux États-Unis, les campagnes contre les migrants ont atteint des niveaux de brutalité inédits, marquées par le profilage racial et des pratiques assimilées à de mauvais traitements. Plus grave encore, une coalition de pays incluant l’Allemagne, le Canada, la France et le Royaume-Uni a réduit les budgets de l’aide internationale, condamnant des millions de personnes dans le Sud global.
La liberté d’expression est également en recul : de l’Inde au Maroc, en passant par le Kenya et la Chine, la dissidence est criminalisée sous couvert de lutte antiterroriste. L’usage généralisé de logiciels espions et la censure numérique complètent ce tableau d’un monde où la solidarité citoyenne, notamment envers le peuple palestinien, est parfois assimilée à un délit.
Un impératif de résistance pour réécrire l’histoire
Malgré ce sombre tableau, Hassina Oussedik refuse de céder au fatalisme, soulignant que « nous ne subissons pas seulement l’histoire, nous l’écrivons aussi ». L’année a été marquée par des sursauts de mobilisation notables. Des dockers en Espagne, en France et en Italie ont bloqué des cargaisons d’armes à destination d’Israël, tandis que des pays comme la Bolivie, la Colombie ou l’Afrique du Sud ont adopté des positions diplomatiques fortes en faveur de la justice internationale devant la Cour pénale internationale.
La « Génération Z » s’est également mobilisée, du Bangladesh au Pérou, pour revendiquer ses droits fondamentaux. Pour Amnesty International, la résistance doit désormais se traduire par des actes institutionnels forts : une réforme profonde du Conseil de sécurité des Nations unies pour limiter l’abus du droit de veto, une meilleure protection des acteurs de la justice internationale et l’exécution systématique des mandats d’arrêt visant les criminels de guerre.
Il est urgent, conclut l’organisation, d’imaginer une nouvelle approche des droits humains, capable de protéger les générations futures sans aucune discrimination.


