Un décret paru dimanche 28 juin au Journal officiel français a acté ce que la profession redoutait depuis l’automne. Depuis ce mercredi 1er juillet 2026, les étudiants extra-communautaires non boursiers ne touchent plus l’aide personnalisée au logement. Pour les quelque 33 000 Algériens inscrits dans l’enseignement supérieur français, la mesure tombe en pleine préparation de rentrée.
Ce que dit exactement le texte
Le décret transpose une disposition votée dans le cadre de la loi de finances 2026, validée par le Conseil constitutionnel le 19 février. Sur son site officiel, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche présente la réforme comme un « recentrage » du dispositif. Restent éligibles les boursiers, quelle que soit leur nationalité, et les ressortissants de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou de la Suisse. Tous les autres, sauf s’ils justifient d’un contrat d’apprentissage ou d’une activité professionnelle d’au moins une heure hebdomadaire, sortent du dispositif sans période de transition.
Bercy avance un chiffrage précis. 200 millions d’euros d’économies en année pleine, pour une perte moyenne de 165 euros mensuels par étudiant concerné. La Fondation pour le logement, elle, évalue l’amputation entre 150 et 250 euros selon les situations et les zones géographiques. L’écart entre les deux estimations tient surtout au type de logement occupé, conventionné ou non.
Un cas algérien qui échappe à toute protection bilatérale
Beaucoup d’étudiants, et pas mal de familles, ont cru pouvoir invoquer l’accord franco-algérien de 1968. Mauvais calcul. Ce texte encadre uniquement les conditions de séjour, pas l’accès aux prestations sociales. Sur ce point précis, l’exception algérienne n’existe pas. Ce même accord impose d’ailleurs déjà aux étudiants algériens un régime moins favorable que le droit commun sur d’autres aspects du séjour : carte de séjour annuelle non renouvelable automatiquement, quota d’heures de travail salarié réduit de moitié par rapport aux autres nationalités.
La société civile française avait anticipé le choc. Dès novembre dernier, l’Unafo alertait sur le sort de ses résidents extracommunautaires, rappelant que neuf sur dix d’entre eux n’ont pas de bourse, dans un climat de mobilisation déjà engagée contre le texte à l’échelle du Maghreb.
Une double peine calendaire
La coïncidence des dates aggrave le tableau. Un mois après la fin de l’APL, le 1er août, le seuil de ressources exigé pour obtenir ou renouveler un titre de séjour étudiant grimpe de 615 à environ 877 euros mensuels, soit 47 % du SMIC brut. Deux réformes budgétaires distinctes, deux textes réglementaires séparés, un même effet cumulatif sur le budget d’un étudiant algérien installé à Paris ou à Lyon.
Le contexte migratoire n’aide pas. Le taux de refus de visa étudiant reste nettement supérieur pour les candidats algériens comparé aux Marocains ou aux Tunisiens. La perte de l’APL s’ajoute donc à un parcours déjà semé d’obstacles administratifs, du dépôt de dossier Campus France jusqu’au renouvellement du titre de séjour.
Qui reste protégé, qui doit s’organiser
Trois profils gardent leur droit à l’APL malgré la réforme. Les boursiers du gouvernement français, sur critères sociaux ou via des programmes comme Eiffel. Les étudiants en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Ceux qui exercent une activité salariée d’au moins une heure par semaine, à condition de pouvoir le justifier auprès de la Caisse d’allocations familiales.
Pour les autres, deux options concrètes existent. Solliciter une bourse CROUS sur critères sociaux, ce qui suppose en général deux années de présence fiscale en France déjà constituées. Ou basculer vers un contrat d’apprentissage, une piste plus accessible en master professionnel qu’en licence généraliste.
Ce que cela change pour la présence algérienne en France
Les Algériens forment aujourd’hui la première communauté étrangère détentrice d’un titre de séjour en France. La composante étudiante de cette communauté, longtemps portée par des filières scientifiques majoritaires, entre désormais dans une phase où le critère financier pèsera davantage que le mérite académique dans le choix de la destination.
Reste une question que ni le ministère ni la CAF ne tranchent explicitement. Les étudiants déjà installés depuis la rentrée 2025, en cours de bail, perdront-ils l’aide en cours d’année universitaire ou seulement à leur prochaine demande. Les associations étudiantes attendent une circulaire d’application. Rien n’est publié à ce stade.


