Une majorité de publications sur les réseaux sociaux exige le départ de Vladimir Petkovic après l’élimination de la sélection algérienne face à la Suisse en 16e de finale de la coupe du monde à l’aube de ce vendredi 03 juillet. Les arguments des déçus de la campagne algérienne au Mondial combinent éléments techniques et thèmes farfelues comme la complaisance du sélectionneur de nationalité Bosno-helvétique avec son pays d’adoption, adversaire des verts à Vancouver.
La campagne pour le départ de Vladimir Petkovic est tellement féroce que plusieurs médias ont annoncé savoir que son sort était déjà scellé après le retour de la délégation en Algérie. Si tel devait être le cas, il faudrait toutefois que justice soit rendu au technicien qui a succédé à Djamel Belmadi en février 2024.
Le meilleur ratio de victoires
L’Algérie était classée 43e au classement FIFA au moment ou Vladimir Petkovic a pris en mains le destin des verts. Elle était 28e avant le début du mondial et 29e après son élimination au bout d’un parcours ou elle a affronté trois nations mieux classées qu’elle dont l’Argentine numéro 1 et tenante du titre.
Le bilan de la période de Djamel Belmadi de 2021 à 2024, après son triomphe à la CAN égyptienne de 2019, peut se résumer en deux éliminations précoces en phase de poule de la CAN et en une élimination à la coupe du monde de 2022 au Qatar, qui est venu s’ajouter à l’absence des verts de celle de Russie en 2018. Autant dire que l’Algerie avait disparu de la vitrine mondial des matchs qui comptent, coupe du monde ou tours avancés de la Coupe d’Afrique des Nations. En 28 mois de management de la sélection, Petkovic a ramené l’Algérie dans un quart de finale continental, et dans un second tour de coupe du Monde.
La FAF lui a prolongé son contrat sur la base de résultats en grande partie déjà atteints. Vladimir Petkovic est en outre le sélectionneur national qui, sur la période des 20 dernières années, a le ratio de matchs gagnés sur matchs joués, le plus élevé. Avec 69% de matchs gagnés, il coiffe Djamel Belmadi (68%) et distance Vahid Halillhodzic (60%). Sur le terrain des résultats techniques, il n’ y a pas débat. Vladimir Petkovic a sérieusement redressé la situation de la sélection algérienne.
La possession, une identité de jeu
L’Algérie a pourtant le droit légitime d’aspirer à mieux. Notamment à un résultat de prestige en coupe du monde, ou à défaut, à une grosse prestation qui, comme en 2014, l’a vu conduire l’Allemagne au bout du suspense d’une prolongation en huitième de finale. La vague de critiques qui s’abat sur le sélectionneur national lui reproche un manque d’ambition et une absence d’identité dans le jeu. Il s’agit, la aussi, d’un mauvais procès. L’équipe nationale de Petkovic est la plus joueuse de son histoire. Elle a eu le temps de possession en jeu le plus important comparé aux EN des quatre coupes du monde précédemment disputées.
Le reproche qui pourrait être fait au sélectionneur national serait plutôt l’inverse: pourquoi prendre à son compte le jeu alors que l’ADN des verts, séquencé au mondial de 1982, est la transition rapide – 2 buts contre la RFA, 3 buts contre le Chili? Un génome confirmé en 2014 face a la Belgique, à la Corée du Sud et à l’Allemagne. Or, il s’agit là d’un débat d’école qui intègre trop de facteurs ( morphotype et qualités techniques de l’effectif, qualité de relance de la ligne arrière, vitesse et recherche de profondeur des attaquants, gestion des temps faibles, évolution du score, etc…). L’Algérie ne peut pas se permettre de toujours jouer en bloc bas et de laisser le ballon à ses adversaires avec l’effectif dont elle dispose.
Vladimir Petkovic a fait évoluer le jeu de la Suisse, avant de débarquer à Alger, vers plus de maîtrise collective, de possession et sa philosophie du déséquilibre offensif n’a jamais été attentiste. La FAF devait en principe le savoir en l’engageant. Le seul match ou cette empreinte s’est complètement estompée aura été le quart de finale perdu contre le Nigeria à la dernière CAN. Contre la Suisse, les verts ont constamment tenté. Ils ont été transpercé en contre. Et ils n’ont pas trouvé les clés en attaque placée. Est-ce que cela est le signe d’un manque d’ambition ou d’identité de jeu ? Le problème est assurément ailleurs.
La formation, gros trous dans la raquette
L’Algérie n’a jamais autant encaissé de buts dans un mondial, il est vrai, en quatre matchs. Une moyenne de 2,4 buts encaissés par match pour un total de 9 buts. Il ne faut pas être spécialiste pour savoir comment un plan de jeu ambitieux peu voler en éclat. Pas de gardien de niveau international, pas de solutions défensives rassurantes, même à trois axiaux. La faute au staff technique ? Il y a un moment dans le bilan ou il faut se retourner vers les producteurs de la ressource humaine ; vers la gouvernance du football. Il y a des postes, en particulier dans la cage et en charnière centrale ou sévit la pénurie de talents.
Mandi fait bravement des heures supplémentaires et Bensebaini a joué diminué. Lorsque le recrutement dans la diaspora échoue a combler les cases, la formation en Algérie n’arrive pas à la rescousse. Et pas seulement pour des profils spécifiques comme gardien but, défenseur axial ou attaquant de pointe. La moyenne de buts marqués a été plus faible qu’en 2014 au Brésil.
En Egypte en 2019, deux brillants avant centre ( Bounedjah et Slimani) se partageaient le temps de jeu. En Amérique du Nord, Amoura blessé, la relève est apparue si fragile ( usage limité de Benbouali) que l’option de jouer sans attaquant de pointe (Gouiri n’en étant pas vraiment un) s’est invitée face a un massif bloc axial suisse.
L’Algérie a de gros trous dans la raquette de sa formation professionnelle dans le football. Elle en a clairement pâti. Maintenant il faut faire la part des choses. Les verts de Rabah Saadane n’ont encaissé que deux buts pour leur retour en coupe du monde en 2010 en Afrique du Sud. Ils n’ont marqué aucune fois et ont eu le nombre d’occasions nettes le plus faible du tournoi. Saadane avait fait avec l’effectif de bord. Et a l’époque cela donnait la défense à cinq et les transitions rapides.
Le Maroc n’est pas un miracle sur un tournoi
Le football algérien est structurellement tout à fait à sa place à ce mondial. Il était 28e mondial en arrivant à Kansas City, il a fait partie des meilleurs 32 mondialistes. L’Algérie a affronté un pays classé 16e FIFA – la Suisse- et elle n’a pas réussi à le déloger de cette hiérarchie synonyme de huitièmes de finale. Bien sur, il y a du dépit et il est puissant.
La quête de l’exploit peut faire faire des bonds à des nations sur un seul tournoi. Comme le bond du Maroc au Qatar. Mais cela repose toujours sur des acquis préalables, consolidés dans la durée qui produisent un jour leurs effets spectaculaires. Les clubs marocains gagnent la ligue des champions africaine, leurs jeunes catégories jouent les titres mondiaux et leur système de formation exporte des talents qui viennent compléter l’armada des professionnels de hauts niveau issus de la diaspora.
Sur ce ce dernier volet, l’Algérie peut se situer au même niveau avec ses binationaux en Europe. Il restera toujours le volet formation et valeur du championnat domestique pour combler la palette. Or sur ce terrain, celui qui requiert le plus les qualités de la gouvernance, le bilan est plus ingrat à faire que celui d’un sélectionneur bosno-helvétique qui a ramené les verts à la lumière mais qui, trop humble, ne sait pas l’assener franchement dans sa conférence de presse, comme n’auraient pas manqué de le faire Coach Vahid ou Djamel Belmadi.


