Caisse nationale des retraites : Hafid Adrar concède une caisse hors « zone de confort »

Au forum d'El Moudjahid, mardi, le directeur général de la Caisse nationale des retraites a concédé que l'organisme « n'est pas dans une zone de confort » sur le plan financier, tout en multipliant les annonces sociales : reconnaissance faciale, conventions avec la BDL et la SAA, négociations avec la SNTF. Les chiffres qu'il a lui-même livrés disent la tension.

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Hafid Adrar, directeur général de la Caisse nationale des retraites, au forum d'El Moudjahid, mardi 12 mai 2026. © Capture écran

Hier, à la tribune du forum du quotidien national, Hafid Adrar ne s’est pas dérobé devant la question. Un journaliste de la salle venait de lâcher le chiffre qui dérange : 2,2 cotisants pour un retraité, contre une norme internationale de cinq. Le directeur général de la Caisse nationale des retraites a confirmé. Avant de pivoter aussitôt vers ce qu’il appelle « l’engagement de l’État social ».

Dans les faits, la CNR verse chaque mois 162 milliards de dinars à 3,6 millions de bénéficiaires, dont 2,3 millions au titre de pensions directes et près de 1,3 million en pensions de réversion. Pour porter cette charge, elle dispose de 4 500 agents répartis sur 61 agences. Et d’un ratio cotisants/retraités qui se dégrade depuis une décennie.

« On n’est pas dans une zone de confort »

La formule est de Adrar lui-même. Pressé par plusieurs journalistes sur le déséquilibre financier, l’un d’eux a même évoqué l’idée de transformer la CNR en organisme d’investissement à l’image des fonds de pension internationaux. Le directeur général a fini par reconnaître que la situation « s’améliore » sans jamais préciser depuis quel niveau. Pas de chiffre avancé. Pas de projection actuarielle. Une trajectoire que Maghreb Émergent qualifiait en décembre dernier d’insolvable en l’absence de réforme.

L’argument du DG tient en deux volets. D’abord, la fierté du paiement à l’heure, y compris pendant la pandémie. « Aucun incident, aucun retard». Ensuite, la diversification des ressources, sur laquelle il s’est gardé d’entrer dans le détail. Taxe de solidarité sur les importations, taxes additionnelles plus récentes affectées au financement de la caisse, croisement des fichiers avec le registre national de l’état civil pour traquer les pensions versées à des défunts. M. Adrar a évoqué « des cas où la fraude a duré six, sept ans », sans avancer de masse financière récupérée.

Sur l’investissement, la réponse a été plus tranchante. Aucune disposition légale n’autorise aujourd’hui la CNR à placer ses ressources sur les marchés ou à entrer dans le capital d’entreprises. Le seul lien financier institutionnel reste le Trésor public.

La mue numérique

L’autre versant de l’intervention a été plus offensif. La CNR généralise une application de reconnaissance faciale qui remplace le certificat de vie, document que les retraités devaient jusqu’ici présenter chaque année. Une photo prise depuis un smartphone, comparée aux données biométriques de la carte d’identité nationale. Plus de déplacement à la mairie. Plus de queue aux guichets de la caisse.

La reconnaissance faciale, dit-il, doit « éradiquer la fraude ». Sous-entendu, tarir les versements à des personnes décédées dont les proches continuent de toucher la pension en falsifiant le certificat. Le système a d’abord été testé sur les agents de la caisse eux-mêmes. M. Adrar a évoqué un détail révélateur. Une employée s’est étonnée que le logiciel l’identifie sur une photo récente alors que sa carte d’identité, ancienne, la représentait sans hidjab. C’est la preuve, selon lui, que l’algorithme lit les traits, pas les accessoires.

L’assistance sociale à domicile, lancée en 2006 comme activité accessoire, est devenue un pilier. Plus de 32 000 visites en 2025, déjà 14 000 depuis janvier 2026. À ce rythme, le seuil des 30 000 sera dépassé avant l’été.

Trois conventions, une stratégie

Le directeur général de la CNR a évoqué une convention signée il y a trois semaines avec la Banque de développement local ouvre aux retraités un accès à trois types de crédits. Consommation, acquisition automobile jusqu’à 3,5 millions de dinars, et achat immobilier à usage résidentiel. Le plafond d’âge a été relevé à 76 ans, contre 69 auparavant. Une seconde convention, paraphée le 7 mai avec la Société algérienne d’assurances, accorde 50 % de réduction sur les contrats automobile et multirisques.

Une troisième est en négociation avec la Société nationale des transports ferroviaires. Tarifs préférentiels sur les longues distances. Signature « avant le début de la saison estivale », promet M. Adrar, qui se garde de citer les autres partenaires en discussion.

S’agissant du mécanisme du crédit BDL, Adrar précise sans trop s’étaler que la banque évalue la capacité d’endettement du retraité sur la pension de base, hors majorations. La majoration pour conjoint à charge, 2 500 dinars mensuels plafonnés à 30 000 dinars par an, est exclue du calcul.

Métiers pénibles, le dossier en suspens

Sur la liste des métiers à haute pénibilité ouvrant droit à un départ anticipé, M. Adrar a confirmé l’installation officielle de la commission interministérielle annoncée par le ministre du Travail. Médecins du travail, universitaires, chercheurs y siègent aux côtés des représentants de la Recherche scientifique et de la Santé. La commission a hérité d’un dossier ouvert depuis 2017. Le DG s’est refusé à tout calendrier. « Je ne fais pas partie de cette commission, je ne peux pas me prononcer. »

L’Éducation nationale, elle, est déjà servie. Retraite à 57 ans pour les hommes, 52 pour les femmes, sur dérogation au régime général qui fixe le seuil à 60 ans pour les deux sexes.

Quant à une revalorisation exceptionnelle des pensions évoquée sur les réseaux sociaux, le directeur a coupé court. Aucune décision en ce sens dans le communiqué du Conseil des ministres de décembre 2025. Seule la revalorisation automatique adossée au SNMG est effective depuis le 1er janvier, portant le minimum légal de la pension à 24 000 dinars et celui des allocations à 18 000.

Au fil de l’intervention, la question financière a continué de hanter la salle. Un confrère a fini par poser, frontalement, la question des cotisations échappant au recouvrement, citant un chiffre de 45 milliards de dinars. M. Adrar a renvoyé la balle à la CNAS, organisme compétent pour le recouvrement. « Je ne peux pas vous dire que c’est à cette hauteur. Je n’ai pas le détail. »

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