La question revient sur la table à intervalles réguliers, sans jamais trouver d’issue. Réunis à la faculté des sciences économiques pour un séminaire consacré au développement économique territorial, universitaires, responsables locaux et opérateurs économiques ont livré une analyse sans complaisance de la situation de l’investissement productif dans la wilaya de Tizi Ouzou.
Plus d’une trentaine de communications figuraient au programme de cette rencontre, qui a rassemblé enseignants-chercheurs, cadres de la direction de l’industrie, chefs d’entreprise et représentants de l’Assemblée populaire de wilaya (APW). Tous ont pointé les mêmes goulets d’étranglement : pénurie de foncier, défaut de viabilisation, et paralysie d’une grande partie des zones censées accueillir l’activité économique.
Ali Bacha : « Les terrains destinés à l’investissement ne servent plus à l’investissement »
Président de la commission des investissements de l’APW de Tizi Ouzou, Ali Bacha a ouvert les hostilités. Son intervention, frontale, ciblait la gestion du foncier économique. La wilaya, rappelle-t-il, dispose de 870 hectares répartis sur 18 zones d’activité. Mais ces espaces « ne sont plus réellement destinés à l’investissement », affirme-t-il.
Il a énuméré les anomalies qui rongent ces périmètres, citant en exemple la zone d’activité du sud-ouest de Tizi Ouzou. « Cette zone existait avant même que Bordj Bou Arreridj ne soit classée wilaya. Aujourd’hui, Bordj Bou Arreridj est devenue une région d’excellence économique alors qu’à Tizi Ouzou, tout le monde connaît l’état actuel de cette zone où même l’entrée est devenue un lot attribué. »
Pour l’élu, le dossier excède largement la sphère économique. « Le problème des zones d’activité à Tizi Ouzou est aussi un problème politique et territorial », tranche-t-il. Il a par ailleurs mis en cause les critères nationaux qui régissent l’éligibilité aux programmes publics. « Pour qu’une zone bénéficie directement des programmes de viabilisation, il faut une superficie minimale de 40 hectares. À Tizi Ouzou, pratiquement toutes les zones sont en deçà de ce seuil. Résultat : aucune n’a réellement profité de ces dispositifs. »
Moncef Bouderba : « L’Algérie dispose d’un potentiel énorme »
Président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), Moncef Bouderba a lui aussi insisté sur les freins administratifs auxquels se heurtent les investisseurs. Mais son propos a porté plus largement sur les perspectives de l’économie nationale.
L’Algérie, selon lui, accumule plusieurs atouts susceptibles d’enclencher une dynamique industrielle. « L’Algérie dispose d’un potentiel énorme dans plusieurs secteurs d’activité », a-t-il lancé devant les participants. Le contexte international plaiderait en faveur du pays. « Les événements géopolitiques récents jouent en faveur de l’Algérie. Il faut profiter de ce climat pour encourager davantage l’économie nationale et attirer les investissements. »
Pour le patron de la CAPC, la remise en marche des zones d’activité conditionne désormais la création d’emplois et la survie du tissu entrepreneurial local.
Lakhder Madjene : « Nous allons interpeller le président de la République »
L’intervention la plus offensive est venue de Lakhder Madjene, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Djurdjura. Sur les 18 zones que compte la wilaya, deux seulement font l’objet d’une mise à niveau, encore inachevée. « Tala Athmane et Draa Ben Khedda ont bénéficié d’un programme, mais même là, le travail n’est pas achevé à 100 % », précise-t-il.
Il a ensuite cité le cas emblématique de la zone d’activité de Fréha, où les pesanteurs administratives découragent les porteurs de projets. « À Fréha, un investisseur peut attendre dix ans pour obtenir un permis de construire. Après toutes ces années, son projet n’est parfois même plus d’actualité parce que le marché a changé entre-temps », déplore-t-il.
Plusieurs entrepreneurs disposent pourtant des équipements et des moyens financiers requis. Ils butent sur l’absence d’infrastructures de base. « Les investisseurs essayent d’avancer. Ils ont les projets, ils ont les équipements, mais dans les zones, il manque toujours quelque chose : l’eau, l’électricité ou encore l’assainissement. »
Devant l’enlisement, Lakhder Madjene juge que les leviers locaux ont été épuisés. « Nous avons organisé une rencontre l’année dernière, mais rien n’a changé. Aujourd’hui, nous sommes dans l’obligation d’interpeller le président de la République pour mettre fin à cette situation. »
Le responsable a également proposé la création d’un conseil d’administration adossé à chaque zone d’activité. « Nous voulons un conseil pour chaque zone, présidé par le président de l’APC, avec la participation de la direction de l’industrie, des opérateurs économiques et des experts, afin de créer un climat favorable aux investisseurs. »
Le séminaire s’est prolongé par un débat nourri entre intervenants et auditoire. Les pistes évoquées convergent vers une même exigence : sortir les zones d’activité de Tizi Ouzou de l’inertie qui pèse, depuis plusieurs années, sur l’économie de la wilaya.


