Lors d’une conférence de presse préparatoire, tenue ce mercredi 13 mai au siège de la banque centrale égyptienne, le Dr George Elombi, président du conseil d’administration de l’institution, a dévoilé une feuille de route claire : la prochaine phase de croissance de l’Afrique devra impérativement s’appuyer sur le commerce intra-africain, l’industrialisation locale et une intégration économique continentale accrue.
Entre la concrétisation de mégaprojets pétroliers en Algérie et le lancement imminent d’une “Banque de l’Or”, l’Afreximbank entend redéfinir certains paradigmes de l’investissement en Afrique.
Les mutations de l’investissement intra-africain
En dressant le bilan des récents succès de la banque, le Dr Elombi a particulièrement mis en lumière l’évolution de la dynamique d’investissement en s’appuyant sur l’exemple de l’Algérie. Il a annoncé qu’un accord d’envergure, initié lors de la dernière Foire commerciale intra-africaine (IATF) – un événement ayant généré entre 42 et 43 milliards de dollars de transactions –, était sur le point d’aboutir.
Ce contrat majeur porte sur des installations de production pétrolière sur le territoire algérien. Sans donner plus de détails, pour l’Afreximbank, ce projet revêt une dimension hautement symbolique, car il est financé par des capitaux africains et porté par un investisseur du continent, illustrant parfaitement la volonté de l’institution de voir les infrastructures locales soutenues par des ressources africaines.
Toutefois, le président a également souligné un contraste de culture d’entreprise face à l’expansion régionale. Évoquant des observations faites l’année précédente, il a qualifié les entreprises algériennes de “très timides” dans leur volonté de s’étendre vers l’Afrique subsaharienne et australe. Cette retenue a été mise en opposition directe avec l’audace des entreprises égyptiennes, décrites comme n’ayant peur de rien et s’étant déjà massivement déployées sur des marchés complexes comme l’Afrique du Sud. Afin de stimuler cette conquête continentale, l’Afreximbank encourage vivement les acteurs économiques à regarder vers le Sud, s’engageant même à assumer les risques de non-paiement pour sécuriser leurs exportations et leurs contrats.
Mégaprojets et préférence continentale : La création de la Banque de l’Or
Pour soutenir la création de valeur ajoutée, l’Afreximbank cible des secteurs stratégiques tels que la sécurité énergétique, les infrastructures logistiques, la santé et le traitement des minéraux. C’est dans ce cadre minéralogique qu’un projet phare a été confirmé : la création d’une véritable “Banque de l’Or” en Égypte.
Ce projet capitalisera, selon le Président de l’Afreximbank, sur la solidité du système financier égyptien, l’expertise locale en matière d’exploitation minière et la haute sécurité que le pays peut offrir à une telle infrastructure. L’objectif stratégique est de faire de l’Égypte une plaque tournante névralgique pour le commerce aurifère, facilitant sa transition vers le Moyen-Orient, l’Asie (notamment l’Inde), l’Europe et le reste de l’Afrique. Fortement appuyé par les hautes sphères de l’État égyptien, ce projet entrera dans sa phase opérationnelle dès la conclusion des ultimes études de faisabilité.
Parallèlement, la banque applique un protectionnisme assumé sur les marchés publics. L’institution refuse dorénavant d’utiliser ses fonds pour financer des entreprises de construction étrangères mandatées par des gouvernements africains. La banque propose systématiquement une sélection d’entreprises africaines compétentes (à l’instar des géants égyptiens Orascom, Hassan Allam ou Arab Contractors) capables de réaliser ces travaux d’ingénierie civile au même prix, voire pour moins cher.
Le programme de l’Assemblée annuelle d’Alamein : Un sommet sous le signe de la résilience
Ces orientations stratégiques constitueront l’épine dorsale de l’Assemblée annuelle de l’Afreximbank, qui se tiendra du 19 au 24 juin, avec une cérémonie d’ouverture officielle le 23 juin. Cet événement majeur réunira plus de 4 000 délégués dans la ville d’Alamein, incluant des chefs d’État, des hauts dirigeants de banques centrales et des acteurs du secteur privé.
Outre l’examen des performances financières de 2025 – l’institution affichant des actifs totaux en forte croissance à 49,4 milliards de dollars et un taux de prêts non performants très bas de 2,4 % –, le programme officiel s’articulera autour de l’industrialisation et du commerce. Face à l’incertitude géopolitique actuelle et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, les séminaires encourageront les pays africains à réajuster la direction de leurs échanges commerciaux vers le marché intérieur du continent.
Enfin, le sommet abritera un immense “Deal Room” (salle des marchés de gré à gré). Cet espace de négociation exclusif permettra aux entreprises africaines de rencontrer des capitaux continentaux et internationaux, afin de sceller les contrats qui façonneront l’indépendance économique de l’Afrique de demain


