Californie : la perspective d’une taxe sur les milliardaires affole la Silicon Valley

Face à un projet de taxe soutenu par une majorité d’électeurs selon plusieurs sondages, les grandes fortunes de la tech ont engagé une campagne de grande ampleur pour tenter d’en empêcher l’adoption, tandis que des divisions apparaissent jusque dans le camp progressiste.

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Des participants à un meeting du sénateur Bernie Sanders, lors du lancement de la campagne pour la loi californienne sur la taxe sur les milliardaires à Los Angeles

La perspective d’une taxe exceptionnelle sur les milliardaires en Californie déclenche une intense mobilisation politique et financière, à quelques mois d’un possible vote populaire sur la mesure. Portée par le syndicat du personnel de santé SEIU-UHW, l’initiative prévoit un prélèvement de 5 % sur le patrimoine des milliardaires résidant dans l’État au 1er janvier 2026. La mesure cible un cercle très restreint d’environ 200 ultra-riches et ambitionne de lever 100 milliards de dollars étalés sur cinq ans.

Le texte a recueilli près de 980 000 signatures validées, dépassant le seuil requis pour être soumis aux électeurs lors du scrutin de novembre. Selon un sondage du Public Policy Institute of California, 54 % des électeurs soutiennent la mesure, avec une adhésion particulièrement forte chez les jeunes et les électeurs démocrates.

Une réponse au désengagement de l’État fédéral

Loin d’être une simple posture idéologique, ce projet de taxe a été conçu par les syndicats comme une mesure d’urgence pour colmater les brèches budgétaires. L’année dernière, l’administration Trump a fait adopter le “One Big Beautiful Bill Act”, une réforme qui ampute drastiquement les fonds fédéraux alloués au programme Medicaid (l’assurance santé des plus démunis). Pour la Californie, où 14 millions de personnes dépendent de ce système (baptisé Medi-Cal), le manque à gagner s’élève à 30 milliards de dollars par an. Les promoteurs de la taxe prévoient d’allouer 90 % des recettes attendues au secteur de la santé, le reste devant financer l’éducation et l’aide alimentaire.

Les grandes fortunes dépensent massivement contre le projet

Face à cette dynamique, les grandes fortunes de la Silicon Valley ont engagé d’immenses moyens financiers pour tenter de bloquer le projet, les comités d’opposition ayant déjà levé plus de 108 millions de dollars. Le cofondateur de Google, Sergey Brin, dont la fortune flirte avec les 300 milliards de dollars, a injecté à lui seul 82 millions dans des structures politiques opposées à la mesure. Peter Thiel et Eric Schmidt figurent également parmi les soutiens des campagnes de lobbying visant à freiner l’initiative.

Pour faire barrage, les opposants financiers déploient une stratégie de contre-feux en parrainant deux autres initiatives qui figureront sur le même bulletin de vote en novembre. L’une d’elles, le “Retirement and Personal Savings Protection Act”, vise à inscrire dans la Constitution de l’État l’interdiction de toute taxe sur la propriété personnelle, ce qui neutraliserait de fait le projet du syndicat médical.

Le gouverneur démocrate Gavin Newsom est lui aussi impliqué dans des discussions de dernière minute visant à éviter une confrontation directe dans les urnes. Selon plusieurs sources, des échanges auraient porté sur une réduction du taux proposé de 5 % à 2 %, dans le cadre d’une tentative de compromis avant la certification du texte.

Le camp progressiste se déchire

Mais le projet ne divise pas uniquement ses opposants naturels. Plusieurs organisations syndicales, associatives et structures habituellement proches du camp démocrate – telles que Planned Parenthood ou le puissant syndicat des enseignants CTA – ont exprimé de fortes réserves. Au-delà de la difficulté d’évaluer de manière fiable le patrimoine des très grandes fortunes, les critiques s’inquiètent d’une clause spécifique du texte.

Celle-ci autorise le Parlement californien à amender ultérieurement la loi pour en modifier les taux ou en abaisser le seuil de déclenchement. Les détracteurs craignent qu’une fois le mécanisme adopté, la taxe finisse par s’étendre aux millionnaires et aux classes moyennes supérieures.

Un test politique majeur

Les opposants mettent également en garde contre un risque d’exode des capitaux vers des États à fiscalité plus avantageuse, comme le Texas ou la Floride. Une menace qui prend déjà corps : un article de “CalMatters” souligne que des figures de proue comme Sergey Brin et Mark Zuckerberg ont récemment transféré officiellement leur résidence hors de Californie (au Nevada et à Hawaï). Bien que le texte de loi stipule une application rétroactive pour bloquer ces départs, ce basculement géographique promet d’ouvrir une bataille juridique inédite qui pourrait geler les recettes fiscales devant les tribunaux pendant de nombreuses années.

Au-delà de la seule question fiscale, le dossier est devenu un test politique majeur dans l’État le plus riche des États-Unis. Il oppose partisans d’une taxation accrue des très grandes fortunes et défenseurs du modèle économique californien, dans un contexte de forte polarisation. À l’approche du scrutin, l’issue reste ouverte entre confrontation électorale directe et tentative de compromis politique en coulisses, sur fond de tensions croissantes autour de la redistribution des richesses aux États-Unis.

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