Excédent pétrolier en vue pour 2027 : l’AIE prévoit jusqu’à 6 millions de barils par jour de trop

L'Agence internationale de l'énergie change de discours en l'espace d'un mois. Après avoir agité le scénario d'une pénurie estivale, l'institution table désormais sur un retournement de marché que personne n'anticipait à cette échelle.

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Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

Le directeur exécutif de l’AIE annonçait en mai qu’il fallait s’attendre à une pénurie. Le 17 juin, dans son rapport mensuel, l’institution publie l’inverse, un signal de surcapacité pour 2027, le genre de retournement qui fait grimacer les traders qui avaient positionné leurs livres sur la thèse de la rareté.

En effet, l’offre mondiale devrait croître de près de 8 millions de barils par jour, contre une progression de la demande limitée à 2 millions. Le différentiel, supérieur à 5 millions de barils quotidiens, configure un marché en situation de surplus structurel, l’équivalent de la production cumulée de l’Irak et du Koweït qui resterait, chaque jour, sans contrepartie d’achat.

L’accord signé mercredi à Versailles entre Washington et Téhéran a changé la donne. Cessez-le-feu, levée des sanctions américaines sur le brut iranien, réouverture du détroit d’Ormuz, par où transitait jusqu’à un cinquième du pétrole mondial avant sa fermeture. Les cours ont chuté de plus de deux dollars le baril jeudi, le Brent retombant à 77,41 dollars, le WTI à 74,43 dollars. Les deux références reviennent ainsi à leur niveau de début mars, avant que la guerre ne fasse flamber les prix.

« La plus grande crise énergétique de l’histoire »

Fatih Birol n’avait pourtant rien d’un optimiste ces derniers mois. Le directeur exécutif de l’AIE parlait début juin sur franceinfo de « la plus grande crise énergétique de l’histoire », expliquant que les réserves stratégiques mobilisées depuis mars, cent jours de prélèvements continus, arrivaient à épuisement fin du mois. Il évoquait un manque d’argent dans la poche qu’on ne parvient pas à reconstituer. Mi-mai encore, il agitait le scénario d’une « zone rouge » dès juillet si Ormuz restait fermé. Le retournement de juin tient en une variable, la réouverture, même partielle, du détroit.

Le retour à la normale ne sera pas instantané. Selon Wood Mackenzie, les champs de production stoppés par le conflit retrouveront 70 % de leur capacité antérieure d’ici trois mois, 90 % d’ici six. QatarEnergy, l’un des opérateurs les plus pénalisés par le blocage, table sur la moitié de sa capacité un mois après la réouverture complète. Mukesh Sahdev, directeur général du cabinet XAnalysts, tempère l’enthousiasme des marchés. Une partie du brut a déjà rejoint l’Europe et l’Asie par des routes de contournement pendant la fermeture du détroit, et les armateurs hésiteront avant de renvoyer leurs pétroliers dans une zone où l’accord pourrait, en théorie, capoter.

L’organisation parisienne, qui regroupe trente-deux pays membres, avait elle-même décidé en mars la libération coordonnée de 426 millions de barils de réserves stratégiques, plus du tiers du stock disponible. Une première dans l’histoire de l’agence. Le geste visait à tenir jusqu’à un retour de l’offre que l’AIE plaçait alors, prudemment, après 2027.

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