Canicule et coupures d’électricité : le quotidien bouleversé des Algériens

Mecipsa Amokrane
6 min de lecture
Consommation d'électricité en Algérie

Les flammes qui ravagent plusieurs régions du pays, une canicule qui semble ne plus finir et des coupures d’électricité à répétition. Depuis plusieurs jours, de nombreux Algériens vivent un été éprouvant où chaque panne de courant bouleverse un peu plus le quotidien. Derrière les chiffres et les bilans officiels, il y a des histoires, parfois dramatiques, parfois étonnantes, qui illustrent l’impact concret de cette crise sur la vie de tous les jours.

À l’hôpital de Béjaïa, une dame, n’oubliera pas ce moment d’angoisse. Alors que son époux suivait une séance de chimiothérapie, une coupure d’électricité plonge la salle d’attente dans le noir.

« J’ai immédiatement pensé à lui. Je me suis demandé si son traitement allait être interrompu, si les machines fonctionnaient encore », raconte-t-elle.

“La chaleur devient rapidement suffocante. Sans climatisation ni ventilation, les minutes paraissent interminables. Les patients et leurs accompagnateurs échangent des regards inquiets, chacun imaginant le pire”, ajoute-t-elle.

Le soulagement arrive lorsque son mari ressort de la salle de soins. À l’intérieur, les groupes électrogènes ont immédiatement pris le relais, permettant au personnel médical de poursuivre normalement les traitements. Mais pour ceux restés dans les espaces d’attente, l’épisode restera un moment de profonde inquiétude.

Les conséquences des coupures ne s’arrêtent pas aux établissements de santé. Dans plusieurs quartiers de l’est de Béjaïa, les habitants racontent une succession de pannes qui finissent par endommager leurs appareils électroménagers.

Ranida, jeune étudiante, évoque une scène qui a marqué toute sa famille : le chargeur d’un téléphone portable a explosé quelques instants après le retour du courant. Heureusement, aucune victime n’a été enregistrée. Un incident qui n’est pas toutefois isolé. Parfois, les conséquences touchent des appareils plus couteux. Habiba, voisine de Ranida, en connaît un bout.

Cette employée d’une entreprise privée qui a à sa charge toute une famille montre son réfrigérateur devenu source de dépenses imprévues.

« J’ai déjà fait venir le réparateur à deux reprises. À chaque retour du courant, il y a une surtension et le réfrigérateur finit par s’arrêter », explique-t-elle, lassée de voir les frais de réparation s’accumuler.

Sonia partage le même constat. Les coupures répétées et les variations de tension rendent l’utilisation des appareils électriques incertaine, alimentant la crainte de nouvelles pannes.

La chaleur, elle aussi, laisse des traces. Et les histoires sont légion. À l’hôpital de Boufarik, une mère accompagne son fils de deux ans. Depuis trois jours, le thermomètre affiche entre 39 et 40 °C.

Selon elle, plusieurs nuits passées sans électricité ont privé la famille de climatiseur et même de ventilateur.

« Il n’arrivait plus à dormir. La chaleur l’a complètement épuisé, puis la fièvre est apparue », confie-t-elle à Maghreb Emergent, inquiète, en attendant que les médecins prennent son enfant en charge.

Dans les services d’urgence, les fortes températures fragilisent particulièrement les jeunes enfants, les personnes âgées et les malades chroniques, plus sensibles aux épisodes de chaleur extrême.

Mais les coupures d’électricité ne provoquent pas uniquement de l’inquiétude. Elles peuvent aussi transformer un événement censé être inoubliable en une succession de scènes improbables.

C’est le cas de cette famille qui le jour du mariage de leur fille pensait vivre une journée de fête. Dès le matin pourtant, les premières coupures compliquent les préparatifs au salon de coiffure.

Les sèche-cheveux restent désespérément silencieux. Les coiffeuses improvisent des coiffures sur cheveux naturels, utilisent du gel et renoncent aux appareils chauffants.

Le maquillage est réalisé dans une lumière insuffisante. À la sortie, éclats de rire devant le miroir : certaines invitées découvrent que les couleurs choisies dans la pénombre ne correspondent pas du tout à celles qu’elles avaient imaginées. Grâce à l’expérience des esthéticiennes, les retouches permettent finalement de sauver la situation.

La journée semblait reprendre son cours jusqu’à la salle des fêtes. Là encore, les coupures se multiplient.

À peine la mariée fait-elle son entrée en robe blanche que tout s’arrête brusquement. Plus de musique. Plus d’éclairage. Le DJ cesse son animation et le photographe se retrouve dans l’impossibilité de poursuivre son travail.

Faute d’ambiance et de lumière, la réception prend fin bien plus tôt que prévu. Les traditionnelles photos de famille ne seront jamais prises. La mariée regagne sa chambre tandis que les invités quittent progressivement les lieux, avec le sentiment que cette journée restera gravée dans les mémoires… mais pas pour les raisons espérées.

De l’hôpital à la maison, des salles de soins aux salles des fêtes, les coupures d’électricité ajoutent chaque jour une difficulté supplémentaire à une population déjà confrontée à une canicule exceptionnelle et aux incendies qui mobilisent les secours dans plusieurs wilayas. Derrière chaque panne se cachent des inquiétudes, des dépenses imprévues, des projets contrariés ou des moments de vie bouleversés. Autant de récits qui rappellent que les conséquences de ces épisodes dépassent largement la simple interruption du courant électrique.

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