Dans un communiqué diffusé le 14 juillet, le groupe Sonatrach annonce l’ouverture officielle du chantier de la station de dessalement d’eau de mer de la commune de Ben M’Hidi, dans la wilaya de Skikda. Le coup d’envoi a été donné par le PDG du groupe, Nour Eddine Daoudi, accompagné du wali de Skikda, Saïd Akhrouf, en présence du PDG du holding Sonatrach Activités externes et de soutien (SAES), ainsi que des premiers responsables d’Algerian Desalination Company (ADC) et de l’Entreprise nationale de canalisations (ENAC), les deux filiales du groupe chargées respectivement de la réalisation et de l’exécution des travaux.
La future installation produira 140 000 m³ d’eau par jour, dont 100 000 m³ fléchés vers la zone industrielle de Skikda et 40 000 m³ vers l’Algérienne des Eaux (ADE). Elle fonctionnera par osmose inverse, sur une emprise d’environ 4 hectares, moyennant un investissement public que Mouloud Hachelaf, assistant du PDG d’ADC, a chiffré en marge de la cérémonie à « plus de 100 millions de dollars ».
L’industrie d’abord, les ménages ensuite
La ventilation détaillée par M. Hachelaf éclaire la vocation première du projet. Dès l’entrée en exploitation, 80 000 m³/jour alimenteront le pôle industriel, dont 50 000 m³ pour les installations de Sonatrach et 30 000 m³ pour le complexe Asmidal, tandis que les 60 000 m³ restants renforceront l’alimentation en eau potable d’environ 600 000 habitants des communes de la wilaya. La plateforme de Skikda, qui abrite le deuxième port gazier du pays et un tissu de complexes de raffinage et de pétrochimie, dépendait jusqu’ici de l’ancienne usine de dessalement mise en service en 2009, d’une capacité de 100 000 m³/jour. Ce volume sera entièrement réorienté vers la population une fois la nouvelle station opérationnelle, sans être amputé des 25 000 m³ que Sonatrach y prélevait pour ses besoins propres.
Un point reste toutefois à clarifier du côté du calendrier. M. Hachelaf a évoqué devant la presse un délai de réalisation de « 36 mois au maximum », quand le communiqué d’ADC repris par plusieurs médias retient un délai de 24 mois, « conformément aux plus hauts standards techniques et d’ingénierie ». L’écart, de l’ordre d’une année entière, situe la mise en service entre l’été 2028 et l’été 2029.
Un parc de dix-neuf stations en expansion continue
Le chantier de Ben M’Hidi vient s’ajouter à un parc déjà considérable. ADC exploite aujourd’hui dix-neuf stations de dessalement, pour une production de 3,7 millions de mètres cubes par jour couvrant environ 42 % des besoins en eau potable des ménages, un dispositif dont Maghreb Émergent avait détaillé la coordination entre Sonatrach, l’ADE et Seaal à la veille de l’été. Cinq stations de 300 000 m³/jour chacune ont été mises en service depuis début 2025, à Oran, Tipasa, Boumerdès, Béjaïa et El Tarf, dans le cadre du premier programme national complémentaire lancé en 2022. Trois autres, à Tlemcen, Chlef et Mostaganem, ont vu leurs contrats de réalisation signés fin décembre au siège du groupe.
L’expérience récente invite cependant à distinguer capacité nominale et volumes effectivement livrés. La station de Tighremt, à Béjaïa, affichait fin 2025 une capacité encore théorique, faute de réseaux de transfert achevés vers Sétif, Bouira et Bordj Bou Arreridj. Le cas de Skikda se présente différemment, la proximité immédiate de la zone industrielle réduisant la dépendance aux grandes canalisations inter-wilayas, mais le raccordement des 60 000 m³ destinés aux ménages supposera des infrastructures de distribution à la hauteur.
La filiale dessalement de Sonatrach cherche par ailleurs à consolider l’aval de son activité. Elle a signé en juin trois accords académiques portant sur la valorisation de la saumure, principal sous-produit du procédé, et étudie le recours à l’hydrogène vert et au photovoltaïque pour couvrir les besoins énergétiques de ses installations, des pistes que le directeur du développement d’ADC avait présentées lors du colloque national sur le dessalement organisé à Alger.
Selon le calendrier le plus favorable, celui du communiqué d’ADC, la station de Ben M’Hidi devrait livrer ses premiers mètres cubes à l’été 2028.


