La troisième star, qui fait sensation actuellement au mondial nord-américain, Kylian Mbappé, elle, n’a de lien avec l’Algérie et, décidément, lui aussi avec la wilaya de Bejaia, qu’à travers sa maman, Fayza Lamari, née à Bondy en Île-de-France d’une famille de migrants d’Oued Amizour. Pourtant, de ces trois stars, Mbappé pourrait être celle qui se mettrait le plus facilement à parler un peu la langue de la grande famille maternelle, un jour, si elle le décidait.
Kylian se montre particulièrement doué pour les langues, espagnol et anglais en plus du français, et très habile en communication publique. Sa mère consacre beaucoup d’efforts à lui construire un ancrage au bled, avec des donations et des visites. Il manque juste la brique Kylian elle-même, avec une première visite pour parachever un lien qui reste encore diffus avec le pays d’origine et le territoire fililal de sa mère. Alors si en prime Mbappé se mettait à faire quelques phrases en kabyle….
Une langue qui s’est arrêtée à la génération d’avant
Le scénario n’a rien d’invraisemblable côté patrimoine familial. Kylian a grandi très proche d’ un foyer où sa grand-mère maternelle, elle, s’exprimait en kabyle, et où l’amazighité n’était jamais tout à fait absente des conversations de cuisine ou des retrouvailles de famille. Mais entre le bain sonore et l’apprentissage actif, il y a un monde : le couple parental – le papa de Kylian est camerounais d’origine, parlait français au quotidien, l’école catholique de Bondy aussi, et rien n’a jamais structuré une transmission de la langue à la génération de Kylian et de son frère Ethan.
C’est un schéma classique de troisième génération immigrée : la grand-mère parle, la mère comprend, prononce un peu et revendique surtout, les petits-enfants héritent finalement du folklore. Fayza Lamari, elle, s’emploie à combler ce fossé à sa manière : prises de parole publiques en kabyle lors d’événements comme la tête de Yennayer, séjours fréquents à Béjaïa, projets de terrains de football financés dans les villages d’origine de sa famille. Elle porte, seule pour l’instant, le flambeau d’un lien qu’elle voudrait voir son fils prolonger physiquement, par une visite qui, malgré plusieurs annonces, ne s’est encore jamais concrétisée. Pour rappel Zinedine Zidane n’a revisité l’Algérie qu’à l’automne 2006 après sa retraite professionnelle.
Un capital sympathie déjà solide, un mot de kabyle en prime
Coté cote de popularité en Algérie, le tableau de Kylian Mbappé est contrasté. Le brassard de capitaine des Bleus joue plutôt contre lui, tant le football reste un marqueur identitaire sensible. Mais le maillot du Real Madrid compense largement : la maison merengue reste auréolée par l’empreinte de Zidane puis de Benzema, et tout héritier de cette lignée bénéficie d’un préjugé favorable spontané en Algérie où les supporters du Réal sont très nombreux .
Ses prises de position répétées contre l’extrême droite et la xénophobie ambiante en France lui valent aussi une sympathie qui dépasse le cercle des seuls amateurs de ballon rond. Il ne manquerait alors plus qu’un timide « azul » ou quelques mots balbutiés en kabyle pour transformer la sympathie en adoption définitive — et pas seulement chez les Algériens amazighophones.


