Étudiants algériens : la France durcit son modèle d’accueil, après le Royaume-Uni et la Belgique

L'accès aux études supérieures se resserre pour les étudiants non européens, en France comme chez ses voisins. Frais d'inscription en forte hausse en France comme en Belgique, compte bloqué à 11 904 euros exigé en Allemagne : chaque pays choisit son levier, mais le résultat converge. Les 27 675 étudiants algériens inscrits dans les universités françaises, deuxième nationalité étrangère du pays, en ressentent déjà le poids.

4 min de lecture
Des étudiants algériens devant le consulat de France à Alger. Les conditions financières et administratives d’accès aux études en France se sont durcies en 2026. (Photo archives)

Depuis la rentrée 2026, un étudiant algérien inscrit en licence dans une université publique française doit débourser 2 902 euros, contre 178 euros pour un ressortissant européen. En master, la facture atteint 3 950 euros. Sur un cursus complet, le coût réel dépasse 16 000 euros en cinq ans. Ces montants, fixés par un décret publié le 19 mai 2026, ne sont plus une hypothèse : le texte contraint désormais les présidents d’université, qui appliquaient jusque-là la hausse de façon marginale, à limiter à 30 % la part d’étudiants qu’ils peuvent exonérer.

D’autres pays européens suivent, chacun à sa façon. Le Royaume-Uni facture depuis le Brexit entre 15 000 et 38 000 livres par an aux étudiants non britanniques. La Belgique, à la même rentrée que la France, porte à 5 369 euros les frais dus par un étudiant non européen non exempté, un montant supérieur à la nouvelle licence française. L’Allemagne, elle, ne touche pas à la scolarité, gratuite dans la majorité de ses universités publiques, mais exige un compte bancaire bloqué de 11 904 euros pour délivrer le visa étudiant.

Des verrous qui changent de forme, pas d’effet

Aucun de ces pays ne suit le même modèle, et le résultat de ces choix divergents ne se ressemble pas non plus. Dans une tribune publiée par Le Monde en mai 2026, un collectif d’universitaires et de parlementaires rappelle que l’Allemagne, qui a maintenu la quasi-gratuité, accueille aujourd’hui 423 000 étudiants internationaux contre 276 000 en France, avec une croissance de 56 % sur cinq ans. Le même texte cite le choix du Canada, qui a préféré, depuis 2008, délivrer un permis de travail post-études de trois ans plutôt que d’augmenter les frais.

À la hausse des frais d’inscription s’ajoutent trois mesures prises la même année 2026 qui alourdissent en parallèle la facture du visa étudiant pour les familles algériennes : le timbre fiscal du titre de séjour a doublé au 1er mai, les APL ont été supprimées pour les non-boursiers au 1er juillet, et le seuil de ressources exigé pour le visa étudiant est passé de 615 à 877,50 euros par mois au 1er août.

Un durcissement qui continue, sur un autre public

Le 19 septembre 2026, le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun a annoncé le gel des APL pour 2027, dans le cadre d’un effort budgétaire de 54 milliards d’euros prévu au budget 2027. Cette annonce ne concerne pas les étudiants algériens non boursiers, déjà exclus des APL depuis le 1er juillet 2026 : elle touche les bénéficiaires qui continuent d’y avoir droit, notamment les étudiants boursiers, dont l’aide ne sera pas revalorisée l’an prochain. Elle confirme néanmoins que la pression budgétaire sur le logement étudiant, loin de se stabiliser, s’étend désormais à des publics jusque-là épargnés.

Trop tôt pour les chiffres

Les données disponibles ne permettent pas, à ce stade, de mesurer l’effet réel de ce cumul sur les départs. Les visas d’études accordés à des Algériens ont même progressé de 13,6 % en 2025, à 8 351, avant l’entrée en vigueur du décret de mai. La campagne Études en France 2026-2027, pilotée par Campus France Algérie et qui débute le 1er octobre, donnera les premiers indicateurs concrets.

Partager cet article