Kamel Moula : « Le Medef a vu ce que les entreprises françaises ont raté »

Le président du Conseil du renouveau économique algérien revient sur les dossiers économiques du moment et assume une formule appelée à faire réagir à Paris.

6 min de lecture
Kamel Moula, président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), lors d'une rencontre publique. ©Page Facebook Kamel Moula

Dans un entretien accordé au quotidien El Moudjahid, le président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), Kamel Moula, défend la même thèse depuis plusieurs mois, celle d’une Algérie qui transforme la conjoncture internationale en levier de repositionnement. Une lecture optimiste, qu’il assume pleinement, et qu’il étaye en passant en revue les dossiers chauds du moment, de la pétrochimie à la visite récente du patron du Medef français.

Interrogé sur la diversification des partenaires étrangers, Kamel Moula situe d’emblée le sujet sur le registre géopolitique. « Cette dynamique montre que l’Algérie attire beaucoup d’intérêts sur le plan économique », affirme-t-il, avant de mentionner l’énergie, l’agriculture et l’industrie comme les trois secteurs sur lesquels « de grandes nations souhaitent aujourd’hui établir des partenariats de coproduction ». Le président du CREA met en avant la position géographique du pays, « base arrière pour l’Europe et porte vers l’Afrique », et avance une formule qui résume son propos. « La géopolitique se redessine avec l’Algérie, car c’est un pays stable, qui se développe rapidement, malgré un contexte mondial compliqué », assure-t-il. Et d’ajouter que « cette crise n’a pas touché les entreprises algériennes ; au contraire, nous profitons de ce contexte, pour nous positionner sur la scène internationale ».

« Vendre le baril sans valorisation était une erreur »

Sur la pétrochimie, dossier porté ces dernières années par les milieux d’affaires et inscrit récemment à l’ordre du jour d’un Conseil des ministres, le président du CREA salue un virage qu’il appelait de ses vœux et qu’a relancé la crise du détroit d’Ormuz. « C’est une démarche logique et normale dans la diversification de notre économie et de son intégration verticale », estime-t-il, avant de pousser plus loin. « Vendre le baril de pétrole ou le gaz sans valorisation était une erreur », tranche le patron des patrons algériens. Il prédit que la pétrochimie fera de l’Algérie « l’un des plus grands pays exportateurs de produits hydrocarburés », et table sur une compétitivité accrue des entreprises locales « en produisant leurs intrants localement, plutôt qu’à l’importation ». Le calendrier reste à préciser, alors que le plan d’investissement de Sonatrach dans le raffinage et la pétrochimie atteint onze milliards de dollars sur la période 2022-2026.

Le dossier automobile, autre cheval de bataille du CREA, suit selon lui une trajectoire comparable. Le président de l’organisation patronale évoque les deux usines récemment annoncées, l’une dédiée au plastique à Tissemsilt, l’autre au métal à Batna, et anticipe un effet d’entraînement sur la sous-traitance. « Le tissu de sous-traitance automobile qui se développe est extraordinaire », assure-t-il, citant la reconversion d’anciens importateurs de pièces détachées vers la production nationale. Le mouvement s’observe déjà sur le terrain, alors que Stellantis et son partenaire algérien Fabcom viennent d’expédier vers le Cameroun les premières batteries fabriquées à Aïn M’lila. « Des zones industrielles sont dédiées à la sous-traitance automobile, et la formation professionnelle, ainsi que les universités accompagnent ces unités de production », poursuit-il, dessinant en creux la promesse d’un écosystème intégré.

“Un rapprochement gagnant- gagnant” avec le MEDEF

Interrogé sur la réception, fin avril, d’une délégation du Medef conduite par son président Patrick Martin, Kamel Moula confirme la tonalité de l’échange tout en mesurant ses mots. « Il ne faut pas oublier que dans toute relation entre deux pays, c’est l’économie qui prime », rappelle-t-il, avant de livrer une formulation qui en dit long sur l’état d’esprit du patronat algérien à l’égard de l’ancien partenaire historique. « Le président du Medef a vu tout le potentiel que l’Algérie offre et ce que les entreprises françaises ont raté », affirme le président du CREA. Un plan d’action a, selon lui, été arrêté pour « un véritable rapprochement gagnant-gagnant », sur le modèle des relations déjà nouées avec les patronats espagnol, italien et américain. La visite de Patrick Martin, qui s’était tenue dans une discrétion remarquée et sans audience présidentielle, avait suscité commentaires et interprétations sur le calendrier diplomatique entre Alger et Paris.

L’entretien se referme sur le registre social, sur lequel Kamel Moula tient à insister. « L’entrepreneuriat algérien est sociétal », plaide-t-il, en revenant sur le rôle des opérateurs privés dans la régulation des marchés pendant le mois de Ramadhan. Les prix, soutient-il, « ne se sont pas envolés, ils ont même légèrement baissé ». Un argumentaire qu’il termine sur une note plus politique. « Nos concitoyens sont nos employés, nos collaborateurs », conclut le président du CREA, dont les prises de parole publiques cadrent désormais avec celles des autorités sur la lecture de la conjoncture nationale.

Partager cet article