Khenchela : dans les Nemencha, des villageois redoutent de perdre leur récolte faute de pont

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Faute de pont, les agriculteurs sont contraints à une traversée aléatoire de l'Oued El Mitta.

Alors que la saison des moissons approche à grands pas, les petits exploitants de la commune de Babar, située dans la zone steppique présaharienne des Nemencha, se retrouvent pris en étau entre l’isolement géographique et les aléas climatiques. Tandis que les grandes exploitations agricoles se développent, le monde rural traditionnel peine à obtenir une infrastructure aussi élémentaire qu’indispensable : un pont.

Le retour des pluies et des chutes de neige, après plusieurs années de sécheresse, suscite des inquiétudes chez les agriculteurs de cette région de la wilaya de Khenchela. À l’approche de la mi-avril, période cruciale pour la récolte des céréales, la montée des eaux de l’oued El Mitta paralyse l’acheminement des productions. En janvier dernier déjà, des crues, alimentées par le ruissellement des massifs voisins, avaient coupé les accès, isolant les cultures des centres de stockage situés à une vingtaine de kilomètres. Les agriculteurs redoutent désormais de ne pas pouvoir écouler leurs récoltes.

La traversée aléatoire de l’oued

Le quotidien de ces travailleurs est marqué par un enclavement extrême. En l’absence d’ouvrage d’art, la traversée de l’oued reste aléatoire et s’effectue encore à pied ou à dos d’âne. Les camions qui tentent de franchir le cours d’eau se renversent régulièrement, entraînant des pertes de marchandises.

Pour les quelque 2 500 familles rurales de la région, la situation dépend désormais d’une intervention des autorités, notamment pour l’ouverture de pistes agricoles carrossables et la construction d’un pont.
À quelques kilomètres de ces exploitations, la plaine des Nemencha connaît un développement agricole soutenu.

Le groupe public Cosider, à travers sa filiale Agrico, y exploite près de 16 000 hectares équipés de systèmes d’irrigation modernes et de forages profonds. Ces infrastructures permettent d’importantes productions de blé et d’orge. D’autres investisseurs ont également développé des serres destinées à la production de légumes, en partie orientée vers l’exportation.

Ce contraste met en évidence des disparités croissantes dans le secteur agricole local. L’orientation vers de grands projets tend à marginaliser l’agriculture familiale, qui ne représente plus qu’une part limitée des surfaces exploitées. En l’absence d’une approche plus inclusive, ces dynamiques risquent d’accentuer les déséquilibres territoriaux, entre zones intégrées aux circuits de production modernes et espaces ruraux confrontés à l’isolement et à la précarité.

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