La dévaluation du dinar face à l’euro, la diaspora algérienne investit davantage dans son pays d’origine

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Dévaluation du dinar, euro fort et trafic record entre la France et l’Algérie.

La dépréciation continue du dinar face à l’euro redessine les stratégies de nombreux Algériens établis à l’étranger. Profitant d’un pouvoir d’achat renforcé une fois leurs devises converties en monnaie locale, ils sont de plus en plus nombreux à investir dans leur pays d’origine, notamment dans l’immobilier, le commerce ou encore les petits projets entrepreneuriaux. Une tendance qui s’accompagne d’une hausse des déplacements entre la France et l’Algérie, où la diaspora joue un rôle économique de plus en plus visible.

En effet, la forte hausse de l’euro face au dinar sur le marché parallèle a profondément changé la donne. Avec les mêmes économies réalisées en France, il est aujourd’hui possible d’acheter un logement, construire une villa ou lancer un petit projet en Algérie pour un coût bien inférieur à celui observé il y a quelques années. À cette réalité économique s’ajoutent les interrogations d’une partie des Algériens installés en France face à l’évolution du débat politique français, où les questions liées à l’immigration occupent une place de plus en plus importante.

France–Algérie : un trafic record qui confirme le poids de la diaspora

Les chiffres parlent d’eux-mêmes , les liaisons aériennes entre la France et l’Algérie ont transporté 5,4 millions de passagers en 2025, un niveau jamais atteint auparavant. Cette progression confirme l’importance de la diaspora algérienne, mais aussi l’amélioration de l’offre aérienne. L’arrivée de nouvelles compagnies et la concurrence entre les transporteurs ont progressivement fait baisser les prix, permettant à davantage de familles de voyager plusieurs fois par an.

Le transport maritime suit la même tendance. Au port d’Alger, 436 000 voyageurs ont été enregistrés en 2025 contre 334 800 une année auparavant, selon le directeur général de l’Entreprise portuaire d’Alger, Abdelhamid Boualaâm.

Le port de Béjaïa connaît également une progression spectaculaire. Entre janvier et avril 2026, près de 14 860 voyageurs y ont déjà transité, soit presque autant que durant toute l’année 2018. Cette dynamique s’explique aussi par l’arrivée de nouveaux opérateurs comme Corsica Linea et GNV, venus renforcer les dessertes assurées par Algérie Ferries.

Au-delà des vacances estivales, ces déplacements traduisent un changement plus profond. Une partie de la diaspora ne revient plus uniquement pour passer quelques semaines en famille. Beaucoup profitent désormais de leurs séjours pour visiter un chantier, rencontrer un entrepreneur, acheter un terrain ou finaliser un investissement.

La flambée de l’euro change les calculs des investisseurs

Pour Lila, installée en France depuis 2015 après plusieurs années dans l’enseignement en Algérie, la décision d’investir est directement liée à cette évolution du taux de change.

« Quand je suis arrivée en France, ce n’était pas vraiment favorable pour investir en Algérie. Mais avec la hausse de l’euro ces dernières années, tout a changé. En 2025, j’ai acheté une maison à Tizi Ouzou pour environ cinq millions de dinars, payés comptant. Aujourd’hui, elle est louée pour 45 000 dinars par mois. Si tout continue ainsi, dans quelques années cette maison sera totalement rentabilisée. Je cherche déjà un deuxième bien », raconte-t-elle.

Le même constat revient chez Messaoud, entrepreneur ayant quitté l’Algérie en 2017. « Pendant les cinq années passées en France, j’ai rencontré beaucoup d’Algériens qui souhaitent investir au pays. Avec la valeur actuelle de l’euro, leurs économies leur permettent de réaliser des projets qu’ils n’auraient jamais imaginés auparavant.

Certains veulent construire une maison, d’autres lancer une activité ou acheter des appartements. Je fais souvent l’intermédiaire entre ces investisseurs et les entreprises locales. Les demandes sont nombreuses, mais je n’arrive plus à répondre à tout le monde », explique-t-il. Pour beaucoup de membres de la diaspora, investir en Algérie devient ainsi une manière de préparer leur avenir, tout en conservant un lien durable avec leur pays d’origine.

Des opportunités réelles, mais un parcours encore semé d’obstacles

Pour Boudjemaa, diplômé d’un institut français en informatique et récemment installé à Alger où il a lancé un incubateur, l’Algérie dispose d’un potentiel encore largement sous-exploité. « L’Algérie reste un terrain presque vierge dans plusieurs secteurs. Beaucoup de créneaux sont encore ouverts et attirent de plus en plus d’Algériens établis à l’étranger. Avec les nouvelles technologies, la présence physique permanente n’est plus indispensable pour gérer un projet. On peut suivre une entreprise à distance et revenir régulièrement en Algérie », explique-t-il.

Selon lui, les signaux sont encourageants. Les investissements privés progressent, les infrastructures se développent et plusieurs secteurs offrent encore de nombreuses opportunités, notamment le numérique, le bâtiment, les services, le tourisme ou encore les petites industries.

Mais cet enthousiasme se heurte rapidement à une réalité bien connue des entrepreneurs. « Le principal obstacle reste l’administration. En France, certains documents s’obtiennent en quelques minutes, sans déplacement. En Algérie, la même démarche peut prendre plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. C’est ce qui décourage beaucoup de membres de la diaspora qui souhaitent investir », poursuit-il.

Pour Messaoud, ce décalage entre les opportunités économiques et les difficultés administratives constitue aujourd’hui le principal défi. « Les investisseurs existent. L’argent existe. Les projets aussi. Ce qu’il manque souvent, c’est un accompagnement plus rapide et plus efficace pour transformer ces intentions en investissements concrets », résume-t-il.

Entre contexte français et ambitions économiques, la diaspora regarde de plus en plus vers l’Algérie

L’évolution du débat politique en France constitue également un élément suivi de près par une partie de la diaspora. Sans préjuger des résultats des prochaines échéances électorales, certains Algériens installés dans l’Hexagone disent s’interroger sur les conséquences que pourraient avoir de futures orientations politiques en matière d’immigration ou de séjour.

Pour plusieurs d’entre eux, cette incertitude renforce l’idée de préparer un projet durable en Algérie, qu’il s’agisse d’un logement, d’un commerce ou d’une entreprise. La hausse de l’euro face au dinar a considérablement augmenté le pouvoir d’investissement des Algériens rémunérés en devise. Avec les mêmes économies réalisées en Europe, il est désormais possible de financer des projets beaucoup plus ambitieux en Algérie qu’il y a cinq ou six ans.

Le défi consiste désormais à transformer cet intérêt grandissant en investissements réels. Les infrastructures de transport entre la France et l’Algérie n’ont jamais été aussi sollicitées. Les allers-retours se multiplient. Les contacts avec les entreprises locales également.

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