L’ombre des attaques contre les gazoducs Nord Stream continue d’alimenter les réflexions sur la sécurité des infrastructures énergétiques européennes. Près de quatre ans après les explosions survenues en septembre 2022 en mer Baltique, les enquêtes menées par plusieurs pays n’ont toujours pas permis d’établir définitivement les responsabilités, même si l’hypothèse d’un acte de sabotage est largement retenue par les autorités concernées.
C’est dans ce contexte que le média numérique espagnol El Común publie un essai prospectif consacré au gazoduc Medgaz, qui relie directement l’Algérie à l’Espagne. Sous la plume du géographe Néstor Siurana, cette publication, connue pour son positionnement à gauche de la gauche et son approche anti-impérialiste, s’interroge sur les vulnérabilités potentielles de cette infrastructure stratégique, sans avancer d’éléments factuels laissant penser à une menace imminente.
L’analyse repose sur un constat simple : depuis la fermeture, en 2021, du Gazoduc Maghreb-Europe (GME), qui transitait par le Maroc, Medgaz constitue le seul gazoduc reliant directement les gisements algériens à la péninsule Ibérique. Cette concentration des flux renforce mécaniquement son importance stratégique, aussi bien pour l’Algérie que pour l’Espagne. Le média rappelle également que Rabat a perdu les recettes liées au transit du GME, estimées à plusieurs centaines de millions d’euros par an.
Une réflexion géopolitique davantage qu’une alerte
À partir de ce constat, El Común s’interroge sur un scénario comparable à celui de Nord Stream. L’auteur examine les intérêts que pourraient théoriquement avoir différents acteurs dans une interruption du gazoduc, en évoquant notamment les États-Unis, le Maroc ou Israël.
Le raisonnement reste cependant spéculatif. L’article souligne notamment qu’une interruption de Medgaz pourrait accroître les importations européennes de gaz naturel liquéfié (GNL), notamment américain, mais il ne présente aucun élément indiquant l’existence d’un projet de sabotage ou d’une menace concrète contre l’infrastructure.
Une infrastructure sous haute protection
Cette hypothèse théorique est par ailleurs contrebalancée par le niveau de protection dont bénéficie Medgaz. En Espagne, le gazoduc est classé parmi les infrastructures critiques relevant de la sécurité nationale. Sa surveillance associe le Centre national de protection des infrastructures critiques, la Marine espagnole, la Guardia Civil ainsi que différents moyens de surveillance maritime et satellitaire.
La mer d’Alboran, où passe l’ouvrage, fait en outre l’objet d’une présence navale régulière en raison de son importance stratégique pour les flux énergétiques et le contrôle des détroits.
Une probabilité jugée faible.
Fait notable, l’auteur de la tribune lui-même conclut que l’hypothèse d’un sabotage reste peu probable. Son texte ne s’appuie ni sur des informations de renseignement ni sur des révélations inédites, mais sur un exercice de réflexion géopolitique inspiré des enseignements tirés de l’affaire Nord Stream.
Selon cette analyse, les coûts diplomatiques, militaires et économiques d’une telle opération seraient considérables, tandis que le niveau de surveillance de l’infrastructure constitue un puissant facteur de dissuasion. Autrement dit, l’article invite davantage à réfléchir aux nouvelles vulnérabilités des infrastructures énergétiques sous-marines qu’à annoncer un risque imminent pesant sur Medgaz.


