Les métiers réglementaires du médicament, stratégiques mais mal reconnus

Cent professionnels du médicament ont répondu au questionnaire de l'Association nationale des pharmaciens algériens. Leur verdict bouscule le discours officiel sur la modernisation du secteur.

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Barometre 2026 de la l'ANPHA

Le baromètre de la conférence annuelle des pharmaciens et des établissements pharmaceutiques pour l’année 2026 révèle une sous‑reconnaissance des professionnels du secteur pharmaceutique vis‑à‑vis de la stratégie réglementaire des autorités publiques. Celle‑ci est confrontée à des difficultés opérationnelles dans sa mise en œuvre.

L’enquête est menée auprès de 100 professionnels du secteur pharmaceutique et présentée aujourd’hui par le secrétaire général de l’Association nationale des pharmaciens algériens (ANPHA), Dr Mohamed Ikbal Mihoubi, lors de la 2e édition de la CAPEP qui s’est déroulée à l’hôtel Marriott d’Alger.

LES 100 professionnels anonymes interrogés ont répondu à 11 questions structurées autour de quatre dimensions : profils des répondants ; perception de la fonction des services réglementaires ; évaluation du cadre réglementaire ; mécanismes de concertation et facteurs d’amélioration.

74% des répondants exercent effectivement dans les services réglementaires ; 71% occupent des postes de direction ou d’encadrement. La majorité (47%) travaille dans les services de fabrication, suivie par l’exploitation et l’importation. Huit répondants sur dix affichent plus de trois ans d’expérience.

Évolution et traduction du cadre réglementaire

Selon M. Ikbal Mihoubi, l’enquête révèle que 66% des répondants jugent la fonction réglementaire stratégique. Une part significative (37%) la décrit comme à la fois stratégique et mal reconnue. Le secrétaire général de l’ANPHA a interprété ces résultats ainsi : « Les professionnels attendent une évolution du rôle : d’une fonction perçue comme support à une fonction stratégique intégrée (conformité, accès au marché, coordination institutionnelle). »

L’enquête révèle d’autres réalités du terrain : 53% estiment que le cadre réglementaire a évolué positivement ou très positivement au cours des cinq dernières années. Toutefois, la traduction concrète sur le terrain est perçue comme partielle : 51% voient une progression de l’application, mais seulement 2% la jugent pleinement satisfaisante. « Le texte existe souvent, mais son appropriation opérationnelle et son déploiement restent inégaux », estime Dr Mihoubi.

Obstacles opérationnels rencontrés

Par ailleurs, les répondants au questionnaire de l’enquête ont pu cocher jusqu’à trois obstacles ; les freins relevés sont majoritairement opérationnels (procédures, outils, textes d’application). Selon le présentateur de l’enquête, les importateurs sont globalement plus critiques : plus de la moitié jugent le cadre inadapté, tandis que les acteurs de la fabrication sont plus favorables, même s’ils signalent des contraintes sur les coûts d’achat et la compétitivité.

À propos de l’impact du cadre réglementaire national sur la compétitivité régionale et internationale, 60% des répondants le considèrent comme « très faible ». Les perceptions varient selon la filière : les importateurs sont plus insatisfaits, les fabricants plus cléments, ce qui révèle « des effets différenciés des règles sur les chaînes d’approvisionnement et le coût de revient », conclut le conférencier.

Dialogue et concertation

L’enquête s’est penchée également sur l’évaluation du dialogue intra‑professionnel. 77% décrivent les échanges entre acteurs et autorités comme « ponctuels, informels ou perfectifs ». Seulement 8% évaluent ces échanges comme publics et constructifs au quotidien. Enfin, 93% se prononcent en faveur d’un mécanisme régulier de concertation entre acteurs réglementaires.

Les enseignements majeurs

Suite aux résultats de cette enquête, l’ANPHA recommande le renforcement et l’accompagnement opérationnel de l’exécution des textes réglementaires, en publiant rapidement les textes d’application, ainsi que des guides pratiques, modèles et outils homogènes pour harmoniser la mise en œuvre.

L’ANPHA appelle en outre à la structuration de la concertation (création d’un mécanisme régulier tel que des instances bipartites/tripartites, comités sectoriels, calendriers de consultation publics). Elle propose aussi de renforcer la formation continue et de soutenir la convergence internationale, c’est‑à‑dire s’aligner progressivement sur les bonnes pratiques régionales et internationales pour améliorer la compétitivité et faciliter les échanges.

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