L’Europe mise 25 milliards pour transformer le Sahara algérien en centrale solaire géante

La Commission européenne lance T-MED, une initiative dotée de 25 milliards d'euros pour développer les énergies renouvelables au sud de la Méditerranée. L'Algérie, dont le potentiel solaire suffirait à couvrir les besoins énergétiques de l'Europe, en est la pièce maîtresse.

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Dunes du Sahara algérien au coucher du soleil. C'est sur ce potentiel solaire exceptionnel que Bruxelles fonde son initiative T-MED dotée de 25 milliards d'euros. (Illustration)

Quinze ans après l’évaporation de Desertec dans les sables du Sahara, la Commission européenne est revenue mardi à la charge avec une nouvelle initiative pour capter l’énergie renouvelable de la rive sud. Cette fois, elle a un nom, un budget et un calendrier.

Baptisé T-MED (Coopération transméditerranéenne pour les énergies renouvelables et les technologies propres), le programme s’inscrit dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée adopté à Barcelone en novembre 2025. Lancé lors de la Semaine européenne de l’énergie durable, l’initiative vise à transformer la rive sud de la Méditerranée en ce que la commissaire chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, appelle « un hub mondial d’énergie propre ».

La formule qui circule à Bruxelles résume l’ampleur du projet. « Avec une portion du seul territoire algérien, vous pouvez couvrir tous les besoins énergétiques de l’Europe », a lâché un haut fonctionnaire européen, selon Les Échos qui révélait l’initiative ce mardi. Le commissaire européen à l’Énergie Dan Jorgensen a affirmé que l’Union européenne « peut débloquer jusqu’à 25 milliards d’investissements supplémentaires dans l’énergie et les technologies propres d’ici à 2035 ».

Le gouffre des chiffres

Les renouvelables ne représentent encore que 1 à 3 % du mix énergétique de plusieurs pays partenaires et l’Afrique n’a capté que 2 % des investissements mondiaux dans ce secteur en 2024. C’est précisément ce paradoxe que T-MED entend corriger, avec un triple objectif affiché : sécurité énergétique, compétitivité industrielle, décarbonation.

L’arsenal déployé comprend une plateforme d’investissement opérationnelle dès septembre 2026, adossée à 5 milliards de garanties européennes. S’y ajoutent un accélérateur réglementaire, un programme de formation de 100 000 travailleurs, et la modernisation des infrastructures. La Commission a d’ores et déjà publié un appel à candidatures pour les investisseurs privés ouvert jusqu’au 15 juin, et un second pour les porteurs de projets jusqu’au 15 août.

L’initiative intègre également la transformation d’anciens gazoducs en corridors hydrogène. C’est là qu’intervient le SoutH2 Corridor, gazoduc d’hydrogène de 3 300 km reliant l’Afrique du Nord, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, qui vise à approvisionner les pôles de demande européens en hydrogène renouvelable compétitif produit en Tunisie et en Algérie, en utilisant une forte proportion de pipelines réutilisés. Le projet, mis en œuvre par un consortium regroupant Sonatrach et Sonelgaz, VNG (Allemagne), Snam et Sea Corridor (Italie) ainsi que Verbund Green Hydrogen (Autriche), a été reconnu par la Commission européenne comme projet d’intérêt commun.

L’ombre de Desertec

Desertec, lancé en 2009 avec le soutien d’entreprises européennes et de pays d’Afrique du Nord, promettait de produire jusqu’à 15 % de la demande européenne d’électricité d’ici 2050. Après des années d’études et d’investissements initiaux, l’initiative a été abandonnée sous sa forme initiale. Ses promoteurs, dont Siemens, ABB et Deutsche Bank, n’ont pas survécu à la combinaison du Printemps arabe, de la chute du prix du solaire en Europe et d’une gouvernance exclusivement privée.

Bruxelles assure avoir tiré les leçons de cet échec, jugeant l’initiative Desertec « trop privée » et reprochant aux pays partenaires de ne pas voir « clairement ce qu’ils y gagnaient ». T-MED se veut radicalement différent, à portage politique affirmé. Un dialogue politique de haut niveau sur l’énergie entre l’UE et l’Algérie s’est tenu à Alger en février 2026, sous la coprésidence des ministres Mohamed Arkab et Mourad Adjal et du commissaire Dan Jørgensen. Le terrain diplomatique a donc été préparé.

L’Algérie, de son côté, n’attend pas les arbitrages bruxellois pour avancer. Vingt centrales photovoltaïques doivent entrer en service cette année dans le cadre d’un programme de 3 000 MW, premier palier d’un objectif de 15 000 MW à l’horizon 2035. En mai, le ministre de l’Énergie Mourad Adjal a raccordé 400 MW au réseau et évoqué pour la première fois la piste d’un câble sous-marin d’export d’électricité vers l’Europe.

Les sceptiques pointent néanmoins un décalage arithmétique. Les 25 milliards mobilisables d’ici 2035 paraissent modestes face aux 75 à 120 milliards que la Commission elle-même estime nécessaires d’ici à 2030. Et la question des nouvelles dépendances revient : après le gaz russe, l’Union ne risquerait-elle pas de reproduire le même schéma avec l’énergie du Sud ? La réponse officielle mise sur la diversification des fournisseurs, des technologies et des routes d’approvisionnement.

La deuxième version du Plan d’action du Pacte pour la Méditerranée est attendue pour l’automne 2026. Première réunion de la plateforme d’investissement T-MED en octobre. Le soleil du Sahara n’a pas fini de faire parler de lui à Bruxelles.

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