L’Iran autorise les navires “non hostiles” à Hormuz, mais exige une coordination préalable

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Le détroit d'Hormuz est situé entre le golfe Persique et le golfe d'Oman.

Mardi 25 mars. Tandis que Donald Trump proclamait depuis le Bureau ovale avoir « gagné cette guerre » et évoquait un mystérieux « cadeau » iranien lié au détroit d’Hormuz, une note de la diplomatie iranienne circulait discrètement entre les délégations membres de l’Organisation maritime internationale (OMI). Son contenu résume, mieux que tout discours, l’écart entre le récit trumpien et la réalité de la crise.

Dans ce document transmis mardi aux États membres de l’OMI, le ministère iranien des Affaires étrangères indique que les « navires non hostiles » peuvent transiter par le détroit, à condition de le faire « en coordination avec les autorités iraniennes ». Téhéran précise avoir « pris les mesures nécessaires et proportionnées pour empêcher les agresseurs et leurs soutiens d’exploiter le détroit à des fins hostiles contre l’Iran ». La formulation est soigneusement juridique, souveraine, et ne contient aucune référence à une quelconque négociation avec Washington. Les navires liés aux États-Unis, à Israël et aux pays qu’elle désigne comme « autres participants à l’agression » sont explicitement exclus du transit.

« Aucune négociation n’a eu lieu »

Depuis le 28 février, date du début du conflit américano-israélien contre l’Iran, la navigation dans le détroit est quasi paralysée. Quelque 3 200 navires seraient actuellement immobilisés dans le Golfe, et moins de vingt-deux bâtiments auraient essuyé des attaques iraniennes depuis le début du conflit, selon le Financial Times. Le passage large de 21 milles marins à son point le plus étroit représente environ 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le coût du blocage pour l’économie mondiale est tel que Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a estimé lundi que la situation était pire que les chocs pétroliers combinés de 1973 et 1979.

Trump, lui, préfère présenter cette paralysie comme le prélude d’un accord. Lundi, il avait annoncé des négociations « constructives » et choisi de suspendre les frappes sur les infrastructures électriques iraniennes pour une durée de cinq jours. Mardi, il est allé plus loin, affirmant que Téhéran lui avait transmis une offre « d’une valeur considérable » liée aux flux énergétiques dans le détroit, un « cadeau » qu’il a refusé de détailler.

La réponse iranienne a été immédiate et sans ambiguïté. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et personnalité désignée par plusieurs sources comme l’interlocuteur présumé des émissaires américains, a écrit sur X qu’« aucune négociation n’a eu lieu avec les États-Unis » et que le report des frappes visait à « sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël se sont enlisés ». Une formulation que Trump a balayée, attribuant la confusion iranienne aux destructions des réseaux de communication par les frappes.

Des messages, pas des négociations

Entre le tout-accord trumpien et le tout-déni téhéranais, plusieurs sources concordantes dessinent un tableau plus mesuré. Des messages auraient bien été échangés ces derniers jours via le Pakistan, la Turquie, l’Égypte et Oman, mais aucune source n’a confirmé l’existence de négociations directes depuis le début du conflit, en dépit des affirmations répétées de la Maison Blanche. Le New York Times a rapporté mardi que Washington avait transmis par le canal pakistanais un plan en quinze points pour mettre fin au conflit, sans que l’on sache si Téhéran l’avait examiné à un niveau décisionnel. Selon une source régionale citée par CNN, plusieurs des points figurant dans ce document seraient « quasi impossibles » à accepter pour l’Iran.

Ce que révèle la note à l’OMI, c’est que Téhéran n’entend pas gérer Hormuz comme un dossier de compromis bilatéral, mais comme un attribut de puissance qu’il exerce unilatéralement. Les données de traçage maritime des derniers jours indiquent qu’un nombre limité de navires transite par un couloir en eaux iraniennes, les autorités procédant à une vérification préalable des identités. Selon des informations rapportées par Lloyd’s List et confirmées par une source informée du dossier au Financial Times, certains armateurs auraient versé jusqu’à deux millions de dollars à l’Iran pour garantir leur passage.

Un vide au sommet

La question de savoir qui, côté iranien, pourrait valider un éventuel accord complique encore davantage la lecture américaine. Le statut du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei reste flou, son inexpérience diplomatique interroge les capitales régionales, et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, engagé avec Oman, ne serait pas nécessairement le point de contact pour les messages transitant par d’autres pays. Trump lui-même a reconnu lundi n’avoir « pas encore entendu » le fils Khamenei.

L’OMI a tenu la semaine dernière une réunion d’urgence de ses membres et mène des discussions pour établir un couloir humanitaire permettant aux navires en situation critique de quitter le Golfe. La lettre iranienne transmise à cette même organisation mardi constitue, en creux, la réponse de Téhéran à ces efforts multilatéraux : le passage se négocie avec l’Iran, ou ne se fait pas.

Trump a dit mardi que Vance, Rubio, Witkoff et Kushner étaient tous impliqués dans les discussions, alors que les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran se poursuivaient dans la même journée. Sur Polymarket, la probabilité d’un retour à la normale du trafic dans le détroit avant le 30 avril est estimée à 39 %.

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