Omar Berkouk : derrière les 31 accords algéro-allemands de Berlin, le vrai test sera l’exécution

La visite d'État du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne s'est soldée par la signature de 31 accords et mémorandums d'entente. Dans une note d'analyse transmise à “Maghreb Émergent”, l'économiste et consultant indépendant Omar Berkouk invite toutefois à distinguer les contrats juridiquement contraignants des simples déclarations d'intention. Le véritable bilan de la séquence berlinoise dépendra de la capacité à transformer ces engagements en projets industriels concrets.

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Le président Abdelmadjid Tebboune et le chancelier allemand Friedrich Merz, le 16 juillet 2026 à Berlin: des accords ambitieux mais le vrai bilan dépendra de la mise en oeuvre effective (dr)

La visite officielle des 15 et 16 juillet, marquée par les entretiens avec le président fédéral Frank-Walter Steinmeier et le chancelier Friedrich Merz, traduit une volonté commune de hisser les relations algéro-allemandes vers un partenariat de co-développement. Accompagné d’une importante délégation institutionnelle et économique, Abdelmadjid Tebboune a supervisé la signature de 31 accords et mémorandums d’entente, dans un contexte où les échanges bilatéraux avoisinent déjà les cinq milliards d’euros.

Construire un partenariat industriel, au-delà du gaz

L’ancrage économique allemand en Algérie repose sur des bases solides, avec plus d’une cinquantaine d’entreprises déjà implantées dans le pays. Pour Omar Berkouk, cette dynamique traduit toutefois une évolution plus profonde de la stratégie allemande. Berlin ne considère plus seulement l’Algérie comme un fournisseur d’énergie ou un marché d’exportation, mais comme un partenaire appelé à participer à de nouvelles chaînes de valeur industrielles, dans les équipements, la santé, la mobilité ou les technologies de la transition énergétique.

Le gaz, principal résultat tangible

Parmi les accords annoncés, le volet énergétique apparaît comme le plus avancé et le plus clairement énoncé. La signature de l’accord entre Sonatrach et le groupe allemand VNG formalise un engagement ferme de renforcement des livraisons de gaz naturel à partir du 1er janvier 2027.
Ce contrat s’inscrit dans un partenariat déjà opérationnel. Initiée en 2024, la coopération entre les deux groupes s’est concrétisée avec une première livraison de gaz naturel liquéfié au terminal allemand de Wilhelmshaven, le 2 juillet dernier.

Dans un contexte où l’Europe cherche à diversifier durablement ses approvisionnements énergétiques, Omar Berkouk estime que ce partenariat gazier constitue le principal résultat concret de la visite. Il souligne également que cette coopération intègre désormais un protocole de réduction des émissions de méthane, tout en ouvrant la voie à des projets communs dans l’hydrogène vert, à travers les initiatives ALTEH2A et SoutH2 Corridor.

Le pari industriel reste à concrétiser

C’est sur le volet industriel que la note de Omar Berkouk introduit sa principale réserve. Le portefeuille d’accords fait intervenir plusieurs grands groupes allemands, parmi lesquels Siemens Mobility pour le ferroviaire, Bosch pour la fabrication d’électrolyseurs, Boehringer Ingelheim avec Saidal dans l’industrie pharmaceutique ou encore Opel dans l’automobile.

Mais la portée juridique de ces textes demeure très inégale. “ La majorité des 31 signatures relève du MoU – des déclarations d’intention sans obligations contractuelles fermes. » Selon l’analyse d’Omar Berkouk, les contrats fermes ne représentent qu’environ 25 à 30 % du portefeuille global.
À ce stade, la plupart des projets restent calendrier précis et de montants financiers rendus publics, ce qui rend difficile l’évaluation de leur portée économique réelle. La dynamique industrielle est engagée, mais sa traduction en investissements demeure encore largement à construire.

Transformer les signatures en investissements

Omar Berkouk estime que plusieurs conditions devront être réunies pour convertir les mémorandums d’entente en investissements effectifs. Sa note recommande notamment de renforcer l’attractivité du cadre d’investissement à travers une meilleure visibilité sur le régime de change, les garanties offertes aux investisseurs, le rapatriement des dividendes et l’accès au foncier industriel.

Il préconise également la mise en place d’un mécanisme public de suivi trimestriel permettant de mesurer l’évolution des projets signés. Il relève enfin que les transferts de technologies annoncés dans les batteries, le ferroviaire, la pharmacie ou l’hydrogène nécessiteront une adaptation du cadre réglementaire et industriel afin de produire leurs effets.

La visite de Berlin marque bien une potentielle évolution de la relation algéro-allemande. Le partenariat ne se limite plus au commerce du gaz et affiche désormais des ambitions industrielles et technologiques plus larges. Mais, comme le souligne Omar Berkouk, sa portée réelle ne pourra être appréciée qu’à l’aune de la transformation des mémorandums d’entente en contrats exécutés et en investissements réalisés.

En définitive, la réussite de la séquence berlinoise ne se mesurera pas au nombre de documents signés, mais au nombre de projets effectivement mis en œuvre dans les mois et les années à venir

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