Ce moratoire, proposé en urgence, vise à éviter un choc d’approvisionnement susceptible de fragiliser davantage le marché énergétique européen. L’entrée en vigueur du dispositif, initialement prévue en janvier 2027, exposait les importateurs à des sanctions pouvant atteindre 20 % de leur chiffre d’affaires s’ils ne pouvaient démontrer que les hydrocarbures achetés proviennent de gisements respectant les nouvelles exigences européennes de mesure, de déclaration et de réduction des émissions de méthane.
L’avertissement des pays gaziers
Ce revirement intervient moins d’un mois après une initiative diplomatique inédite réunissant quatre grands fournisseurs d’énergie de l’Union européenne. Dans une lettre adressée à Bruxelles, le ministre d’État algérien chargé de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, Mohamed Arkab, le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright, le ministre qatari de l’Énergie Saad Sherida Al-Kaabi et le ministre nigérian des Ressources pétrolières (Gaz), Ekperikpe Ekpo, avaient conjointement demandé l’activation d’un mécanisme de sauvegarde baptisé « Stop the Clock ».
Les quatre responsables faisaient valoir que la quasi-totalité des contrats
d’approvisionnement en gaz pour 2027 étaient déjà conclus, alors que les protocoles internationaux de mesure, de déclaration et de vérification des émissions de méthane (MRV) n’étaient pas encore pleinement opérationnels. Dans ces conditions, avertissaient-ils, l’application du règlement européen risquait davantage de pénaliser les échanges que de favoriser une réduction effective des émissions.
Leur mise en garde a trouvé un écho croissant auprès d’une douzaine d’États membres, notamment l’Allemagne et l’Italie, très dépendants des importations gazières. Les inquiétudes se sont accentuées avec la dégradation du contexte géopolitique au Moyen-Orient, faisant resurgir le risque de perturbations des flux énergétiques mondiaux et d’une nouvelle hausse des prix à l’approche des prochains hivers.
Pour l’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne grâce à ses gazoducs reliant directement l’Europe et à ses exportations de gaz naturel liquéfié (GNL), cette décision constitue un répit. Elle valide en partie les arguments défendus depuis plusieurs semaines par Alger, qui plaidait pour un calendrier plus réaliste afin de permettre aux pays producteurs d’adapter progressivement leurs infrastructures aux nouvelles exigences environnementales.
Un répit pour Sonatrach
Le report de trois ans éloigne ainsi la perspective de sanctions susceptibles d’affecter les exportations de Sonatrach vers le marché européen. Ce délai supplémentaire devrait permettre à l’Algérie de poursuivre les investissements engagés pour réduire les émissions de méthane, moderniser ses installations et limiter le torchage du gaz, tout en préservant la continuité de ses engagements contractuels envers ses partenaires européens.
Au-delà du seul dossier du méthane, cette décision illustre un infléchissement plus large de la politique énergétique européenne. Après avoir fait des objectifs climatiques un critère central de sa politique commerciale, Bruxelles reconnaît désormais que la sécurité d’approvisionnement redevient un impératif stratégique dans un contexte marqué par la disparition du gaz russe, les tensions persistantes au Moyen-Orient et la forte volatilité du marché mondial du gaz. L’équilibre entre transition énergétique et sécurité énergétique s’impose désormais comme l’un des principaux défis de la politique européenne.



